Spontanément, sans songer au sens que Bernard pourrait attribuer à son élan, Janik lui tendit la main.
—Je voudrais tant vous voir heureux! dit-elle.
Cet abandon émut profondément Nohel; il pressa légèrement les doigts menus qui se confiaient aux siens.
—Si je vous sais heureuse, je serai très heureux, ma petite cousine, soupira-t-il.
Et ils se quittèrent sans faire allusion à la grande séparation qui était proche.
Cependant, à mesure que le moment redouté se faisait moins lointain, Bernard se sentait redevenir méchant. Comme la nuit précédente, une fièvre ardente lui dévora les veines jusqu’au matin. Un grand abattement le prostra ensuite; dans la journée, mademoiselle Armelle le vit si faible qu’elle essaya encore de le retenir, mais, très affectueusement, il lui fit comprendre que sa résolution était irrévocable.
Alors la vieille cousine soupira et retourna à quelque nouveau roman, après avoir recommandé à Bernard de rester très tranquille et en lui annonçant qu’elle allait lui envoyer une tasse de thé bien chaud.
Ce thé bien chaud fit sourire le jeune homme; il remercia tout en jurant qu’il n’était pas malade et il regagna le salon jonquille. Un quart d’heure plus tard, Janik entra portant une tasse fumante.
—Ma tante m’a dit de...
Nohel s’était levé de cet air cérémonieux que, depuis quelques jours, il prenait souvent avec mademoiselle de Thiaz par affectation.