—Je suis désolé, ma chère cousine, de vous avoir donné cette peine... et si inutilement, fit-il, en posant sur la table le petit plateau qu’il avait enlevé des mains de Janik. Je ne sais pourquoi mademoiselle de Kérigan me met au régime des tisanes... Je suis bien guéri pourtant!
Elle n’insista pas et il s’ensuivit un silence assez embarrassé.
—Il paraît que vous ne serez décidément pas des nôtres chez monsieur Le Jariel, commença la jeune fille... vous partez...
Bernard l’interrompit:
—Oh! je vous en prie, ne vous croyez pas obligée d’ajouter que vous le regrettez, dit-il.
Puis il examina ironiquement la toilette toute simple de Janik, une robe de voile blanc garnie de rubans blancs dont les flots satinés faisaient ressortir sa pâleur mate. Les yeux de la pauvre enfant, enfouis dans leur orbite et cerclés d’une ligne violette, paraissaient immenses et trop sombres pour ce visage blême.
—Tout en blanc, comme une mariée! Vous êtes charmante, ce soir.
Par un mouvement d’extrême découragement, elle ferma les yeux, puis les rouvrit aussitôt, et les leva sur Bernard, comme pour lui demander grâce.
Il reprit sans pitié:
—Combien vous allez lui sembler belle, à lui! Quand il vous a quittée, vous aviez seize ans ou dix-sept, je crois?... Vous n’étiez qu’une enfant; vous voilà jeune fille. Votre teint a pris plus d’éclat, vos yeux plus d’expression, votre sourire plus de charme. D’abord, c’est à peine s’il osera vous reconnaître... puis il vous retrouvera enfin, car cette métamorphose qui a fait de vous une autre... par un adorable prodige, vous a laissée toujours vous!