—Bernard!

—Et lui aussi, Pierre, aura changé! L’adolescent aura grandi de corps et d’âme... Mieux qu’autrefois, il saura vous dire qu’il vous aime... Comme il a dû penser à vous, pendant ces nuits de longues veilles, où, seul, rêvant des heures entre la mer et le ciel, il se figurait le village natal et le moment du retour!... Ce moment qui va venir, ce moment qui est là!

—Bernard, je vous en prie...

Mais Bernard continuait, s’animant encore. Ce qu’il exprimait ainsi c’étaient les pensées qui l’avaient torturé tout le jour, et cette expansion, qui lui déchirait l’âme, lui procurait pourtant une sorte de soulagement.

—N’avez-vous jamais songé, Janik, à la minute délicieuse où il vous répétera combien il a souffert et... tant de choses, amassées pour vous dans le trésor de son cœur?... Vous, vous l’écouterez, étonnée, ravie... vous aurez sur les lèvres ce sourire qui vous illuminait les yeux, tout à l’heure, en lisant ce pauvre conte d’amour...

Elle eut un grand cri.

—Non, Bernard!

Ses mains tremblantes cherchèrent un soutien sur la table contre laquelle elle était appuyée. Pâle comme une morte, prête à défaillir, elle attacha une seconde fois sur Bernard des yeux éperdus qui se baissèrent aussitôt.

—Oh! assez... vous me faites mal, gémit-elle.

—Mal! parce que je vous dis que votre fiancé vous aime, que vous l’aimez, que vous serez heureuse! car c’est un immense bonheur d’aimer... quand ce n’est pas une torture atroce!