Cette fois Nohel osait croire, cette fois il avait compris!

—Vous n’aimez pas Pierre Le Jariel, parce que vous m’aimez, parce que je vous aime, parce que vous sentez bien que vous êtes ma vie, toute ma vie, que sans vous je ne suis plus rien, je ne peux plus rien!...

Janik sanglotait... Faiblement, elle tentait de s’éloigner de Bernard; avec une grande tendresse, il la retint près de lui...

—Je vous en conjure, implora-t-il, restez là un instant, un seul instant... ayez un peu pitié de moi.

Et elle resta, elle pleura tout doucement sur l’épaule de son ami. Il y avait si longtemps qu’elle dévorait ses larmes! Lui, il la regardait de tous ses yeux, de toute son âme, et la voix brisée, il lui parlait encore, vaguement, comme en rêve.

—N’est-ce pas, vous m’aimez? N’est-ce pas, vous voulez bien que je vous aime?... Je vous adore, Janik!... Il me semble que, malgré tous mes défauts, toutes mes erreurs, j’aurais su vous rendre heureuse, par cet amour-là!... Et je voudrais que vous fussiez triste, pauvre, abandonnée, pour vous donner mieux mon cœur, mon travail, ma vie! Je voudrais qu’il me fût possible d’accomplir pour vous quelque chose d’insensé!... Ah! chère enfant, tu le sais bien que je suis ta chose, qu’il n’est pas de folies dont je ne sois capable pour toi!... Je n’espérais plus rien, j’endurais un vrai martyre et pourtant, quand tu m’as ordonné de vivre, j’ai promis ce que tu voulais... Et maintenant que tu me fais tant souffrir, maintenant que tu vas te prendre à moi pour te donner à un autre, je suis docile près de toi comme un pauvre enfant...

Comme mademoiselle de Thiaz, le repoussant un peu, s’était assise brisée par l’émotion, il s’agenouilla près d’elle, serrant convulsivement ses mains froides qu’elle n’avait pas le courage de lui arracher.

—Ah! chérie, chérie, si je pouvais vous emporter au bout du monde, si vous étiez ma femme, ma chère femme à moi!... Je sais que ce n’est pas possible, je sais... mais cependant si vous m’aviez connu plus tôt... si les choses, enfin, s’étaient autrement passées, vous auriez bien voulu vous confier à moi? Et vous ne l’auriez pas rejeté, ce pauvre homme qui vous aurait dit: «Mon bien ou mon mal, ma joie ou ma peine, dépendent d’un mot de toi.»

—Bernard, vous êtes cruel... Bernard, ayez pitié de moi!

Brusquement, il se sépara d’elle.