A l’entrée de M. Le Jariel, Bernard s’était redressé brusquement; il ébaucha une phrase d’excuses.
—Oui, oui, je suis au courant, vous avez des affaires, interrompit le docteur. Enfin, je le regrette, que voulez-vous... Et puis, voilà que vous êtes malade, nerveux comme une demoiselle, à ce que m’a dit votre cousine... Moi qui vous croyais guéri! Ce serait à perdre le peu de latin qu’on sait...
Tout en parlant, le docteur regardait Bernard avec une fixité bienveillante. Après un court silence, il reprit, très amicalement:
—Dites-moi, mon cher malade, est-ce bien le médecin qui peut guérir votre maladie?
Le ton dont fut prononcée cette phrase émut le jeune homme.
—Ah! docteur, s’écria-t-il, si vous saviez comme je suis malheureux!
Le docteur ne répondit pas aussitôt; il s’assit lentement, puis, attachant ses yeux gris sur «son cher malade», il dit avec une grande douceur:
—Je le sais, mon enfant...
Les yeux brillants, la voix frémissante, Bernard continua:
—Peut-être est-il malséant à moi de vous faire cette confession... car enfin, le fiancé de Janik, c’est votre neveu; vous l’aimez, vous désirez son bonheur... Mais, si je vous parle ainsi, croyez-le bien, ce n’est pas que je veuille vous apitoyer sur moi, ce n’est pas que j’espère quelque chose de vous ni de personne... c’est seulement parce que je souffre et que vous êtes bon, parce que je n’ai pas d’ami et que j’ai besoin de me confier à quelqu’un qui me comprenne... Ah! c’est que je l’aime comme un fou!... Pourquoi ne m’avez-vous pas dit, docteur, que je n’avais pas le droit de l’aimer?...