X

Pendant que mademoiselle Armelle, le docteur et Pierre causaient dans le salon, Janik s’était isolée sur la terrasse. Elle était lasse, si lasse!

Il y avait six semaines que Bernard était parti... Mademoiselle de Kérigan et M. Le Jariel avaient reçu deux fois de ses nouvelles. Il ne se ressentait plus de sa maladie, il était très occupé, travaillait beaucoup... Le nom de la jeune fille n’était pas même mentionné dans le courant des pages; en terminant, Nohel envoyait «ses respectueux souvenirs à mademoiselle de Thiaz», c’était tout. Et Janik avait souri, les larmes aux yeux, à cette formule, dérisoire en sa banalité.

Un autre jour, la vieille demoiselle avait poussé des «ah!» et des «oh!» à n’en plus finir, en lisant une seconde lettre, plus longue, de son cher Bernard: «Puisque vous «adorez» Jacques Chépart, disait cette lettre, je ne puis résister au plaisir de vous adresser une nouvelle édition de ses œuvres les moins imparfaites, en vous avouant son véritable nom.»

—Comme ces pauvres écrivains sont moins terribles qu’ils n’en ont l’air! s’écria-t-elle, Jacques Chépart, c’est Bernard! je n’en reviens pas.

La lettre était pleine d’une déférence très affectueuse; mademoiselle de Kérigan, enchantée, la fit lire à mademoiselle Louise et au docteur, puis, comme Janik qui travaillait à l’aiguille en écoutant passivement ce que lui racontait Pierre, n’avait pas donné le moindre signe d’intérêt ou même de curiosité, elle s’indigna: «Quelle ingrate, cette Janik!... Elle était toute à son Pierre et ne songeait plus au pauvre Bernard!»

—Et il était en admiration devant elle, docteur... Parfois n’allais-je pas craindre qu’il ne fût amoureux!

Une interrogation muette et très rapide passa dans les yeux de Pierre, tandis que mademoiselle de Thiaz tendait la main pour demander la lettre, mais personne ne s’en avisa.

Elle était calme, cette lettre, et spirituelle, amusante, presque enjouée.

—Allons, pensa Janik, le voici en bonne voie!