Le sieur de Champlain envoya le sieur Boullé son beau frere avec quelques, autres François vers Tadoussac, pour voir si on y en pourroit faire, mais ayans experimenté les eaux par le feu ils n'en purent tirer la plaine main, disans pour excuse, mais veritablement, que l'eau n'y estoit pas propre, bien qu'ils l'eussent, fait consommer dans des placques de plomb qu'ils y avoient portées, par l'ordre du sieur de Champlain.
Une matinée à quoy on pensoit le moins tomba une des tourelles du fort, qui fit croire aux François, comme à l'année passée d'un pareil accident, que l'on auroit bien tost des nouvelles de France, ou d'Angleterre, ce qui les resjouit, car ils se soucioient assez peu pour lors d'où elles viendroient pourveu qu'ils fussent assistez, & tirez hors de leurs miseres.
Le sieur se Champlain voulant eviter aux fausses Propheties, fit promptement racommoder la tourelle, & envoya quelque Mattelots vers Gaspé, voir s'il y auroit quelques Navires François pour en tirer du secours, mais n'y ayant trouvé personne, ils pescherent quelques moluës, ramassèrent un reste de sel qu'ils trouverent sur le galay, & puis s'en retournerent au sieur de Champlain qui se repentant des negligences passées qu'il touchoit au doigt, pria le P. Joseph de luy prester un coing de nostre terre à desserter, ce qui luy fut non seulement accordé, mais d'en prendre où il voudroit, mesme celle que nos Religieux avoient desertée cette année là qu'il accepta, & y fit travailler son serviteur.
Le sieur Corneille Commis du sieur de Caën en demanda aussi, & y vint travailler luy-mesme, puis 4 atures personnes lesquelles nous accommodames d'une autre bonne estendue de terre, & deslors ces Messieurs commencerent à cognoistre en effect, qu'ils devoient avoir suivy nostre premier conseil, qui avoit tousjours esté de labourer les terres, & creurent alors combien nos Religieux avoient eu de peines à accommoder celles desquelles ils jouissoient à present du fruict par leur beneficence non toutesfois sans en ressentir la piqueure des mousquites & moucherons, qui leur défiguroient tout le visage.
Le sieur de Champlain qui avoit envoyé de ses gens vers Gaspé, pour descouvrir s'il y auroit quelques Navires, desquels l'on pû recevoir quelques secours de vivres, leur avoit aussi donné charge de sçavoir des Sauvages de ces contrées là, s'ils pouvoient nourrir quelques François jusques à l'arrivée des vaisseaux de France, à quoy les Sauvages pleins de bonne volonté leur respondirent qu'ils en pourroient nourrir jusques à 20 & qu'ils les leur envoyassent, & mesme des femmes, & des enfans s'ils vouloient, desquels ils feroient estat comme de leurs propres parens.
Cela resjouit un peu les François, mais non pas entierement, car ils croyoient que ces Sauvages en deussent demander davantage, pour ce, disoient-ils, qu'ils n'estoient point dans la pauvreté, avoient abondance de bestes, & ne manquoient point de poisson.
Les Algoumequins, & Montagnais plus pauvres de beaucoup, les voulurent neantmoins surpasser de courtoisie, & ne se laisser vaincre d'honnesteté en une si belle occasion, car ils leur firent offre de nourrir 25 personnes des leur pendant l'Hyver, & de plus Choumin & ses freres s'obligerent de demeurer autour de l'habitation, pour pouvoir plus commodement assister le reste, & leur porter de l'anguille & la chasse, s'entend quand ils en auroient.
Toutes ces belles offres, & ces liberalitez tesmoignerent assez la gentilesse, ou plustost comme ils disent la bonté de leur coeur, qui nous doit servir d'exemple. Il falloit neantmoins encore adviser pour le reste de l'Esté jusqu'aux grains nouveaux, & sonder une autre Nation pour y contribuer, car il n'est pas question de tousjours fouller son hoste. C'est pourquoy le sieur Champlain au commencement du mois de Juillet 1629 despescha un François avec quelques Barbares vers la nation des Abenaquioue peuples habitans du costé du Sud de l'habitation, lesquels cultivent les terres à la manière des Hurons, & ont quelques villages.
Ce François estant là arrivé, les fit haranguer par son Truchement de la part du Gouverneur de Kebec, & demander s'ils leur pourroient nourrir quelque François jusques au commencement de l'Esté prochain, & ce faisant ils les obligeroienr à contracter amitié avec eux, & les maintenir à l'encontre de leur ennemis. Les Albenaquioue ayans ouy la harangue de ce Truchement, tindrent conseil, & conclurent à la faveur des François, disans, que tres volontiers ils en accepteroient jusques à 20 ou 25 desquels ils feroient estat, & les nourriroient comme eux mesmes.
Nos Messagers les voyans de si bonne volonté leur firent demander s'ils pourroient encore ayder à l'habitation de quelques sacs de bled d'Inde; à quoy ils respondirent que non pour lors, mais vers le mois de Septembre, ou d'Octobre, que leur moisson seroit faite, & qu'en leur menant du bled, ils rameneroient les François qui voudroient venir demeurer avec eux.