Mais cette crispante épreuve a vaincu les dernières hésitations de Monique. Impossible de se contraindre plus longtemps! Mue par une force surnaturelle, elle se précipite pour couper la retraite au paysan et s'affaisse devant lui en s'écriant: «Reste! Reste!..» avec un accent qui révèle au jeune homme une passion au moins aussi ardente que celle qu'il lui porte.

Cette minute ineffable le paie largement de son long purgatoire.

Le père a compris, et, pantois, sourcilleux, ne sait encore à quoi se résoudre.

Alors, entraînant son Jan, elle tombe, avec lui, aux pieds du vieux soldat, et elle le conjure avec des paroles et des accents qui réduiraient en fleuves de larmes les montagnes de granit:

—O père, pardon!... Retenez-le ou j'expire! C'était ce Jan, lui seul, toujours lui, que je voyais et que je regrettais, et que je voulais.... C'est son absence qui me tuait.... Il est mon frère, mon doux protecteur, mon bien-aimé! O Dieu, il s'en irait une seconde fois, je ne l'aurais retrouvé que pour le perdre à jamais! N'est-ce pas que vous ne voulez pas qu'il parte, mon père?... Voyez, Jan me sauve, Jan me rend la vie; donnez-le moi... donnez-le moi!...

Et, se relevant, sans attendre la réponse du père, Lena se précipite éperdue dans les bras du paysan. Le cœur sous les haillons, le cœur sous les dentelles, battent l'un contre l'autre. Des regards, comme jamais n'en échangèrent les plus violents possédés d'amour, se disent l'accablant infini de leur mutuel désir.

En les voyant accolés, haletants, oppressés, si amoureux qu'ils en râlent, si jeunes, si beaux, si émaciés, si pâles, tristes pénitents d'amour, épuisés par le plus cruel des jeûnes, le général sent fléchir son orgueil et sa volonté. Pauvres êtres! Ils sont tellement à bout de forces que s'il disait non, en ce moment, ils expireraient dans les bras l'un de l'autre.

C'en est fait. Deux larmes lentes et lourdes comme le givre qui s'égoutte des branches chenues, au premier rayon printanier, tombent lentement sur sa moustache de grognard, et, tout autre consentement lui restant dans la gorge, il ouvre des bras paternels à Jan Daelmans.

Après quelques minutes de poignant silence, Barthélemy reprit avec plus d'onction encore:

L'histoire de Jan Daelmans et de Monique Van Wilghem, cette idylle passionnée symbolise pour moi, les amours du Flamand et de la Flandre.