Uniformément vêtus de vestes courtes, découvrant la saillie et la rondeur du râble, leurs têtes glabres et rases coiffées d'un bonnet rond, ils viraient, pour virer encore et toujours.
Leurs cheveux soyeux ou crépus, ces cheveux d'adolescents, orgueil de leurs mères imprévoyantes, tombèrent pitoyablement sous les ciseaux affectés, en cette colonie, à la tonte des ouailles. Et, aussitôt, à les voir bretaudés et poupards, on se demande quelles Dalilas de grands chemins livrèrent ces Samsons à la rancune de notre bourgeoisie philistine?...
Pour plus de commodité, la plupart ont retroussé leurs manches et quitté leurs sabots.
Ils sont donc trente pendards charnus, trente frelampiers dans la fleur de l'âge, qui émeuvent le moulin!
Chaque fois qu'il passe devant moi, un de ces moteurs humains, toujours le même, lance à haute voix le chiffre des révolutions exécutées par l'équipe. Il est l'aiguille principale de cette horloge, l'annonciateur des minutes révolues, le timbre monotone et discord, funèbre comme un glas. Ainsi tintent les clarines aux fanons des vaches égarées et coassent les clarinettes funambulesques.
Et chaque fois qu'il braille: un... trois... sept... treize..., c'est une minute à la sinistre horloge.
Et chaque fois qu'il arrive à deux cents, c'est une heure à l'horloge de la Malchance.
Alors il se tait et s'arrête tout court. Le surveillant réveille les deux clampins du grenier. Au-dessus un sac de grain s'écroule dans la trémie.
J'ai remarqué qu'en nous jetant le chiffre de ses rotations, le compteur se détournait de notre côté et que ses partenaires, en virant, nous dévisageaient à leur tour.
Malgré le clair-obscur, la brume et la poussière, ces yeux m'ajustent et me pénètrent. Il y en a de phosphorescents et de veloutés, de mouillés comme une pelouse crépusculaire, d'aigus comme la bise de décembre. Les uns câlins et raccrocheurs évoquent le luminaire des alcôves, d'autres angoissent et fascinent ainsi qu'une lanterne de coupe-gorge. Et dans ces visages glabres, blanchis par les longues claustrations, les yeux les plus pâles, les yeux d'azur et de rosée paraissent ténébreux et nocturnes.