[156] Revue maçonnique, juin 1896, p. 140. — Cf. d’autres appréciations maçonniques hostiles à l’armée, dans la même revue, décembre 1895, p. 265-270, et nos de novembre et décembre 1897.

[157] C. R. G. O., 20-25 sept. 1897, p. 259.

[158] C. R. G. O., 21-26 sept. 1896, p. 121.

[159] L’expression est de M. Paul Nourrisson, dont les travaux sur cette question comptent parmi les plus sûrement informés. (Voir spécialement le Correspondant du 10 mars 1899.)

VI

Il ne semble pas que les œuvres de propagande intellectuelle, concertées par la maçonnerie, soient à la hauteur de sa tactique politique : elles sont, tout à la fois, moins élégantes et plus saisissables. Chacun sait que la Ligue de l’Enseignement est « sortie des flancs de la maçonnerie, adulte et armée pour la lutte, comme la Minerve antique du cerveau de Jupiter[160] » ; M. Jean Macé, dès l’origine de la Ligue, et M. Adrien Duvand, dans la discussion sur les œuvres post-scolaires au convent de 1898, ont, de part et d’autre, inauguré et fermé une longue série de témoignages sur le caractère maçonnique de la Ligue[161] ; et la victoire de cette Ligue sur « l’imposture et l’hypocrisie cléricales » serait plus aisée si cette filiation était demeurée plus secrète. Quant à la littérature de vulgarisation que le Grand Orient propage, elle se compose généralement de brochures véhémentes qui furent d’abord lues ou récitées dans les loges ; telle la conférence de M. Delpech sur Jeanne d’Arc, publiée avec cette épigraphe : « Évêque, je meurs par vous » ; ou bien, si elle affecte une forme moins oratoire, elle étudie de préférence l’histoire des religions afin de « mettre un terme au charlatanisme éhonté d’une caste qui n’a que trop abusé de la crédulité humaine[162] ».

[160] Salva, l’État et l’Église, conférence, p. 2. Rouen, 1892.

[161] Voir ces témoignages et des indications sur les rapports entre la Ligue de l’Enseignement et la maçonnerie, dans notre volume : l’École d’aujourd’hui (Paris, Perrin.)

[162] Dobrski, l’Éducation des masses, conférence au Libre Examen, p. 28. Paris, Renaudie, 1897.

Un petit livre de M. Jeanvrot, conseiller à la Cour d’appel d’Angers et présentement membre du Conseil de l’Ordre, a été recommandé comme un modèle, dans les derniers convents ; et M. Viguier, conseiller municipal de Paris, fit tout de suite souscrire, par le Conseil général de la Seine, 700 exemplaires de ce « véritable chef-d’œuvre[163] ». Il s’intitule Science et Religion[164] ; on y lit, entre autres détails imprévus, que « l’existence de Jésus est problématique » ; que l’inscription INRI, qui dominait la croix du calvaire, se doit interpréter : Igne natura renovatur integra ; que le monothéisme et le christianisme sont des variantes du culte solaire ; que les reliques de Sudario Christi sont des gouttes de la sueur du Christ ; que l’épître de saint Paul à Timothée est en cinq tomes, qu’« Athénée (Minerve) a fourni saint Athanase » au Panthéon chrétien, et parmi les revues d’érudition qui se sont occupées de ce livre, aucune n’a pu partager l’enthousiasme du convent de 1895, où il fut qualifié de « magnifique travail, admirable étude scientifique, synthèse de patientes études, véritable machine de guerre anticléricale », ni s’associer au vœu qu’entendit le convent de 1898, et qui tendait à faire du livre de M. Jeanvrot une édition à cinq sous[165].