[163] Rapport au nom de la 5e commission du Conseil général, 1895.
[164] Société des éditions scientifiques, Paris, 1895, 2e édit. — Voir la critique piquante qu’en a faite M. Dauvergne, Religion et Science. Angers, Lachèze, 1897.
[165] B. G. O., août-sept. 1895, p. 169, et C. R. G. O., 19-24 sept. 1898, p. 269. « Admirable petit ouvrage », dit, au nom de l’« écossisme », la Revue maçonnique, 1897, p. 183.
Tantôt les brochures maçonniques portent l’effigie du Grand Orient : Ordo ab Chao, suum cuique jus ; 33 ; tantôt, vierges de tout indice, elles se prêtent mieux à la diffusion. La maçonnerie, en général, préfère le second cas. La fondation d’un journal proprement maçonnique fut toujours repoussée par les convents. Mais, en 1897, au nom de la commission de propagande, M. Maréchaux constatait, « à demi-mots », que la maçonnerie, par son influence d’« à côté », arrive toujours, et sans dépenses, à donner « la bonne nouvelle » à un nombre considérable de journaux locaux[166] ; et M. Duvand, en 1898, a demandé qu’une correspondance régulière fût établie entre le Grand Orient et ces journaux[167]. Il advient parfois que, dans vingt journaux radicaux en même temps, on lit le même article : c’est parfois le Grand Orient qui est le pourvoyeur. Telle, par exemple, la correspondance parisienne insérée dans les journaux profanes, en avril 1895, à la suite de la fête gastronomique et scientifique offerte à M. Berthelot : on y célébrait la « concentration philosophique et républicaine opérée au banquet » ; on y flétrissait « Basile, qui avait voulu frapper en bloc les adversaires de la conspiration cléricale dans la divinité moderne qui leur sert à tous d’idéal et de guide » ; et l’on exaltait « le Socrate moderne, qui, courtoisement, avait jeté la ciguë à la face des dieux imprudents ». Le Collège des Rites, désireux de perpétuer ce commentaire, le réimprima dans la brochure, timbrée du Grand Orient, qui s’intitule Commémoration du banquet Berthelot.
[166] C. R. G. O., 20-25 sept. 1897, p. 172.
[167] C. R. G. O., 19-24 sept. 1898, p. 289.
Faut-il aussi faire remonter à ce mémorable événement l’idée, plusieurs fois exposée dans les derniers convents, de la création d’une revue qui s’inspirerait des idées maçonniques, mais dont aucun signe, aucun titre, ne révélerait l’origine ? MM. Maréchaux et Duvand soumirent ce vœu au convent de 1897[168], et la commission de propagande, en 1898, put annoncer qu’un Frère « modeste et dévoué » préparait, tout à la fois, l’organisation d’un tel périodique et la réimpression des grands penseurs du XVIIIe siècle[169]. Il y a beaucoup d’anonymat dans l’activité littéraire de la maçonnerie, comme il y a beaucoup d’occultisme dans son activité politique : dans le domaine de la pensée, elle cherche à créer une atmosphère, comme dans le domaine de l’action elle cherche à créer des faits acquis ; ici et là, elle aime mieux la besogne que le bruit, et les besognes autour desquelles elle fait du bruit ne sont jamais celles auxquelles elle attache le plus d’importance.
[168] C. R. G. O., 20-25 sept. 1897, p. 172 et 180.
[169] C. R. G. O., 19-24 sept. 1898, p. 275.
Secrète elle est, et secrète elle veut rester. Il ne dépend pas du Conseil de l’Ordre, même, que le secret ne devienne plus rigoureux. En 1893, les journaux profanes avaient saisi certaines interviews maçonniques : une circulaire suprême du 25 février blâma leurs confidents et signala la discrétion comme la condition nécessaire du succès[170]. Le Conseil, en 1894, proposa la suppression du Bulletin et l’institution d’une correspondance fermée : le convent maintint le Bulletin[171], mais, à partir d’août 1896, on lui donna le titre de Compte rendu ; il demeura tout aussi volumineux, mais cessa d’être strictement périodique, et l’on inscrivit, sur la couverture, qu’il n’était point destiné à la publicité[172]. Une autre fois, en 1897, le Conseil prit l’habitude de refuser les noms et les adresses des maçons que d’autres maçons lui demandaient ; et cette conduite fut, au convent, l’objet d’une très vive discussion. D’une part, on ne voyait pas « l’intérêt qu’il peut y avoir à publier les noms des Frères qui ne pourraient plus servir notre cause si on savait qu’ils appartiennent à notre institution » ; d’autre part, un fonctionnaire des chemins de fer de l’État racontait avec quelque justesse que, son chef de service allant à la messe, il serait bon de savoir si le directeur général des chemins de fer de l’État est un maçon ; non moins franchement, un autre disait qu’« il est souvent nécessaire de savoir si un nouveau préfet ou un nouvel inspecteur d’Académie sont maçons » ; un troisième, qu’en vue des élections prochaines ces renseignements auraient leur prix[173]. Bref, on discuta longuement, nulle mesure générale ne semble avoir été prise ; mais d’ores et déjà, dans les comptes rendus des Congrès des Loges de l’Est, les noms des orateurs sont absents, et depuis quelques années, enfin, comme vient de le montrer M. Émile de Saint-Auban dans un livre où les traits pénétrants abondent[174], la maçonnerie s’efforce de créer une jurisprudence d’après laquelle il serait interdit de divulguer dans la presse la qualité maçonnique de l’un de ses membres si l’on a, dans quelque paragraphe ou article connexe, maltraité la maçonnerie elle-même.