[43] C. R. G. O., 20-25 sept. 1897, p. 287.

[44] C. R. G. O., 20-25 sept. 1897, p. 295.

[45] C. R. G. O., 20-25 sept. 1897, p. 297.

On a les preuves, aujourd’hui, que, dès le temps de la Révolution française, la maçonnerie avait, à proprement parler, une politique. Louis Blanc, le premier, avait signalé ce fait ; les publications maçonniques de Jouaust et d’Amiable l’ont mis en relief[46], et le Conseil de l’Ordre, enfin, dans son manifeste de 1897, n’a pas craint d’affirmer que les loges du siècle passé avaient élaboré la Déclaration des droits de l’homme[47]. Les destins et l’action de la maçonnerie sous nos divers régimes monarchiques ou césariens intéressent probablement les amateurs de curiosités : le rapport historique que fit à ce sujet M. Colfavru, alors député de Seine-et-Oise, au Congrès international maçonnique de 1889, est un guide excellent. C’est en 1870 seulement que la maçonnerie recommença de s’afficher comme une puissance politique. « Elle fut, nous dit M. Colfavru, la pépinière où le gouvernement de la Défense nationale allait trouver ses plus fermes et ses plus énergiques représentants. C’est de nos rangs que sont sortis les hommes les plus considérables du gouvernement de la République et du parti républicain[48]. » — « Les loges maçonniques, écrivait en 1887 Anatole de la Forge, député de la Seine, au président du Conseil des Ministres, ont été le berceau de la France nouvelle[49]. » — « Sainte maçonnerie, s’exclamait en 1888 l’« orateur » du convent, M. Dequaire ; sainte, c’est-à-dire trois fois consacrée, tu es la grande crucifiée de la République ! C’est toi qui souffres pour elle ! C’est toi qui pratiques sur toi-même toutes les expériences salutaires ! C’est toi, mère dévouée, institutrice admirable de la démocratie, qui ne transportes dans le monde profane que celles de tes tentatives qui ont réussi dans tes flancs[50] ! » — « La République est fille du Grand Orient », disaient M. Poulle en 1894 et M. Desmons en 1895[51]. « Franc-maçonnerie et République sont précisément la même chose », répétait M. Lucipia[52]. Devenue majeure, la République avait paru consentir que l’« esprit nouveau » ratifiât sa majorité par une émancipation : c’est l’heure que le Grand Orient choisissait pour affirmer ses droits de paternité et pour proclamer ouvertement son intention de les faire valoir, jusqu’à épuisement, sur le terrain politique. « Dans l’ancien temps, expliquait en 1895 M. Rousselle, ancien président du Conseil municipal de Paris, on disait : En maçonnerie, il ne faut pas faire de politique. Eh bien ! ne faisons pas de politique si vous voulez, mais faisons de l’action ; changeons le mot pour conserver la chose ; faisons de la politique sous une autre forme, mais faisons de la politique, c’est le seul moyen que la maçonnerie puisse vivre[53]. »

[46] Jouaust, Histoire du Grand Orient de France, Rennes et Paris, 1865. — Jouaust, la Maçonnerie à Rennes jusqu’en 1789 (Monde maçonnique, décembre 1859.) — Amiable, Rapport au Congrès international du Centenaire, publié dans le Compte rendu, p. 67 et suiv.

[47] C. R. G. O., 1er juill.-31 août 1897, p. 19. — M. Colfavru, B. G. O., nov.-déc. 1885, p. 739, prétendait que Mirabeau disposait de sept cents loges.

[48] Congrès international du Centenaire, Compte rendu, p. 98.

[49] Cité dans B. G. O., mars-juillet 1894, p. 47.

[50] B. G. O., août-sept. 1888, p. 576.

[51] B. G. O., août-sept. 1894, p. 401, et août-sept. 1895, p. 369.