Chacun de nous saisit des avirons, et la légère pirogue vola sur la nappe unie du canal.

Cinq minutes plus tard, elle abordait une petite crique au fond de laquelle on apercevait, à une portée de fusil en avant, briller dans la nuit les fenêtres éclairées d'un rancho.

Nous étions à Arroyo Pardo.

A l'instant où l'avant de la pirogue grinçait sur le sable de la plage, une femme s'élança follement au devant de nous, les bras étendus, en s'écriant d'une voix déchirante:

—Fuis! fuis, Lucio!.... fuis! le voilà! le voilà!

Soudain un coup de feu retentit, la femme chancela, mais ne s'arrêta point.

—Fuis, Lucio! dit-elle encore, et elle alla tomber, par la force de l'impulsion de sa course désespérée, dans l'eau où elle disparut en poussant un dernier cri de douleur.

Mon compagnon bondit avec désespoir hors de la pirogue.

—A moi! Lucio! à moi, lui dit un homme qui avait semblé surgir de terre.

—Ah! fit le Mexicain avec un cri de rage, te voilà donc enfin, Estevan!