Pépé Naïpès, en apprenant le sort qui l'attendait, poussa des cris pitoyables et se jeta aux pieds de ses bourreaux, qu'il chercha en vain à attendrir par ses larmes, résistant de toutes ses forces à ceux qui s'étaient emparés de lui et cherchaient à l'entraîner. Enfin il perdit tout espoir et n'opposa plus qu'une résistance machinale. On le jeta, solidement garrotté, au pied d'un arbre, en attendant l'heure du supplice.


[VIII]

LA CHASSE AUX ÉLANS.

Bien des heures s'étaient écoulées depuis que Pépé Naïpès était parti pour aller demander du secours aux Omahas, et rien ne faisait pressentir qu'il eût réussi dans sa mission et qu'il fût en marche pour revenir. L'inquiétude était grande au camp des gambucinos. Don López, debout sur le sommet du tombeau de l'Oiseau-Noir, regardait en vain dans toutes les directions; la solitude et le silence régnaient aussi loin que la vue pouvait s'étendre, nulle créature ne se montrait, le paysage était seulement animé d'intervalle en intervalle par des bisons qui passaient au galop, des asshatas qui bondissaient de rocher en rocher sur le bord de la rivière, des vigognes et des daims à queue noire qui couraient effarés çà et là.

Le soleil baissait à l'horizon, et l'ombre tombant du ciel commençait à envelopper la nature comme d'un épais linceul.

Les Mexicains durent renoncer à l'espoir de voir revenir leur compagnon avant le jour suivant, à cause du mauvais état des chemins, et surtout vu la prudence, pour ne pas dire la poltronnerie de leur ambassadeur. Découragés par cette vaine attente, et surtout démoralisés par la mauvaise fortune qui les avait poursuivis depuis leur départ de Santa Fé, les gambucinos s'assirent en soupirant autour d'un feu qu'ils avaient allumé, malgré le danger d'être découverts, afin d'éloigner les bêtes fauves, et prirent leur maigre repas en échangeant de mornes regards, en hommes qui ont le pressentiment d'un malheur prochain, et dont l'énergie est tellement usée, qu'ils ne veulent même plus se donner la peine de réfléchir aux moyens de l'éviter. Don López n'était pas moins abattu que les gens qu'il commandait. Il se promenait de long en large, repassant dans son esprit tout ce qui lui était arrivé depuis un mois, voyant avec désespoir les rêves dorés dont il s'était si longtemps bercé avec bonheur évanouis à jamais, maintenant que sa troupe était réduite à une poignée d'hommes rendus craintifs et timides par le malheur.

Nauchenanga, le chef comanche, qui seul connaissait le gisement du placer, avait disparu; il était mort peut-être, et, sans lui, comment découvrir la mine d'or dans ces plaines immenses, labyrinthe dont le fil s'était cassé dans ses mains. Qu'il y avait loin du triste état dans lequel se trouvait réduit don López, au jour où, à la tête d'une cinquantaine d'hommes résolus et pleins d'espoir, il avait quitté le presidio avec la certitude de s'enrichir en peu de temps!

Ces navrantes réflexions l'avaient plongé dans une sombre mélancolie, et cet homme de fer, qui toujours avait brisé les obstacles surgissant sur son passage, qui, dans toutes les circonstances, s'était montré plus fort que la fortune adverse, commençait à douter de lui-même et presque à trembler lorsqu'il jetait un regard en arrière sur sa vie passée et qu'il songeait aux crimes dont elle était souillée.

A deux pas de lui, à moitié cachée dans l'ombre, se tenait accroupie la pauvre Rant-chaï-waï-mè.