Bessie se rendait compte de ce qui se passait, et parfois quelques paroles en harmonie avec ses tristes pensées parvenaient à son oreille. Impatientée, elle se détourna et son attention se fixa sur son vieux lévrier Stomp, tout à l'heure couché à ses pieds, qui maintenant grognait sourdement et dont les poils se hérissaient.
«C'est sans doute un Cafre étranger», se dit Bessie. Stomp détestait les Cafres qu'il ne connaissait pas. Bessie vit aussitôt qu'elle ne s'était pas trompée. Un indigène parut. Cet individu, borgne, à la physionomie scélérate et vêtu seulement d'un pantalon déguenillé, retenu autour de la taille par une ceinture de cuir, avait fixé dans sa chevelure, plusieurs petites vessies gonflées, comme en portent les soi-disant médecins sorciers. De la main gauche, il tenait un long bâton fendu à un bout. Dans la fente était une lettre.
«Ici, Stomp!» cria Bessie, tandis qu'un espoir brillait subitement dans son cœur. «Si la lettre était de John!»
Le chien obéit avec une répugnance évidente, ce Cafre lui déplaisait; aussi celui-ci ne s'approcha-t-il que lorsque Stomp eut été rappelé; du reste il se montra fort insolent, ne s'occupa nullement de Bessie et se contenta de s'accroupir devant elle, dans l'allée.
«Qu'y a-t-il?» demanda-t-elle en hollandais, les lèvres tremblantes.
«Une lettre, répondit l'homme.
—Donnez-la-moi.
—Non, Missie, pas avant que je vous aie bien regardée, pour voir si je ne me trompe pas: cheveux d'or, un» (il comptait sur ses doigts); oui, c'est cela; grands yeux bleus, deux; très bien; grande, blanche et brillante comme une étoile.... Oui, la lettre est pour vous.» Sur ce, il lui poussa le bâton presque dans la figure.
«D'où vient la lettre?» dit Bessie, en reculant et saisie d'un soupçon soudain.
«De Wakkerstroom, en dernier.