La lune, au beau front d'argent, se levait dans les nuages pourpres du ciel, et, calme, silencieuse, comme le regard de Dieu abaissé sur la misère et l'esclavage, elle contemplait le pauvre nègre, abandonné, seul, et qui, les bras croisés, ne voyait plus au monde que sa Bible.
Dieu est-il ici?
Ah! je le demande, pour des cœurs ignorants, est-il possible de garder une foi inébranlable, en face d'une injustice évidente, palpable et impunie?
Un rude combat se livrait dans le cœur de Tom. Le sentiment terrible de ses griefs.... la perspective de tout un avenir de misère.... le naufrage de toutes ses espérances passées.... tout cela se levait et passait tristement devant ses yeux, comme devant le marin, que la vague engloutit, les cadavres de sa femme, de ses enfants, de ses amis.
Ah! dites-le-moi, pour Tom était-il facile de s'attacher, avec une inébranlable étreinte, à cette grande croyance du monde chrétien?
Dieu est ici, et il récompensera ceux qui l'auront toujours aimé!
Tom se leva, en proie au désespoir, et il entra dans la case qui lui avait été désignée.
Le sol était couvert de dormeurs épuisés. L'air corrompu le repoussa. Mais la rosée de la nuit tombait, pénétrante et glacée; ses membres étaient rompus. Il s'enveloppa dans une couverture en lambeaux: c'était tout son coucher. Il s'étendit sur la paille et dormit.
Il eut des songes. Une douce voix revint à ses oreilles. Il était assis sur un siége de mousse, dans un jardin, au bord du lac Pontchartrain. Éva, baissant ses grands yeux sérieux, lui lisait la Bible. Il entendait ce qu'elle disait:
«Si tu passes à travers les eaux, je serai avec toi, et les eaux ne t'engloutiront pas; si tu passes à travers le feu, les flammes ne s'attacheront point à toi, et tu ne seras pas brûlé: car je suis le Seigneur ton Dieu, le seul Dieu d'Israël, ton Sauveur!»