Et peu à peu les mots semblaient se fondre en une musique divine. L'enfant relevait ses grands yeux et les fixait doucement sur lui; et de ces doux yeux vers son cœur il s'échappait comme de chauds et bienfaisants effluves de rayons. Et puis, comme emportée par la musique, elle s'éleva sur des ailes brillantes d'où tombaient des étincelles d'or, pareilles à des étoiles, et elle disparut.
Tom s'éveilla. Était-ce un rêve? Dites que c'est un rêve! mais osez donc prétendre que cette douce et jeune âme, dont toute la vie se passa à soulager et à consoler, Dieu ne permettra pas qu'après la mort elle remplisse toujours cette sainte mission!
Sous le mal, lourd fardeau, nous sommes affaissés....
Voyons, du moins, en nos rêves étranges
Sur l'aile des archanges
Errer autour de nous l'âme des trépassés.
CHAPITRE XXXIII.
Cassy.
J'ai vu les larmes des opprimés, et ils n'avaient point de soutien, et du côté des oppresseurs était la puissance.
Il ne fallut pas beaucoup de temps à Tom pour savoir ce qu'il avait à craindre ou à espérer de son genre de vie; dans tout ce qu'il entreprenait, c'était un homme habile et capable. Par principe et par habitude, il était laborieux et fidèle. Tranquille et rangé, il comptait, à force de diligence, éloigner de lui, du moins en partie, les maux ordinaires de sa position. Il voyait assez de vexations et d'injustices pour être triste et malheureux, mais il avait pris la résolution de tout supporter avec une religieuse patience, s'en remettant à celui dont les jugements sont conformes à la justice. Il se disait aussi que peut-être une chance de salut s'offrirait à lui.
Legree prit note des bonnes qualités de Tom; il le rangea tout de suite parmi les esclaves de premier choix, et pourtant il ressentait une sorte d'aversion contre lui: l'antipathie naturelle des méchants contre les bons; il s'irrita de voir que sa violence et sa brutalité ne tombaient jamais sur le faible et le malheureux sans que Tom le remarquât. L'opinion des autres nous pénètre sans paroles, subtile comme l'atmosphère, et l'opinion d'un esclave peut gêner son maître. Legree, de son côté, était jaloux de cette tendresse d'âme et de cette commisération pour le malheur, si inconnue aux esclaves, et que ceux-ci devinaient dans Tom. En achetant Tom, il avait songé que plus tard il en pourrait faire une sorte de surveillant, auquel, pendant ses absences, il confierait ses affaires. Mais, selon lui, pour ce poste, la première, la seconde et la troisième condition, c'était la dureté. Tom n'était pas dur: Legree se mit dans la tête de l'endurcir. Au bout de quelques semaines, il voulut commencer son éducation.