—Pourquoi n'as-tu rien a me dire? implore Yvonne Desloges. J'ai besoin de ta force.
Elle a triomphé de l'orgueil, elle vient de révéler sa déception, le martyre de ne plus être aimée…
Gaspard, enfin, d'une voix bouleversée que Jean n'avait jamais entendue, murmure:
—Quand on n'a plus de joie soi-même, est-on capable d'en fournir aux autres?
—Tu penses à Jean, mon père? Oh! pardon! s'écrie la jeune femme, impulsive.
—Comme je l'aimais, sans le savoir! Quand il est parti, je ne le lui ai pas dit, mais cela m'a déchiré! La colère a tenu bon, c'est elle qui m'a empêché de le retenir. Eh! bien, je n'ai pas cessé d'en avoir du chagrin, mais du chagrin… à tel point que je voudrais toujours pleurer! Il est si bon, si ardent, si affectueux, mon Jean! Il me ressemble, tu sais: c'est, de l'énergie, du caractère! Et puis, je lui ai fait du mal: il doit souffrir, n'est-ce pas?
—Nous souffrons tous, mon cher papa…
—C'est vrai… Pardon, ma petite fille! Tu m'apprends ta peine, je me fâche: tu m'arrêtes, tu ne veux pas que je me fâche. Tu veux endurer sans te plaindre. Qu'est-ce que tu veux que je fasse, que je te dise? Je suis rude, je n'ai pas le don de guérir ces choses-là, moi. Qu'est-ce que tu veux, ma pauvre Yvonne? Viens me voir, souvent, si cela te fait du bien. Nous… serons tristes ensemble…
Ils redescendent au fond de leur être si désolé. Tandis que la flamme, au sein de l'âtre, palpite et s'égaye, Elle ne se lasse pas d'être claire, d'être orgueilleuse. Elle s'élance, elle s'élargit, elle s'incline comme des fleura de pourpre à la brise, elle s'agite comme des drapeaux. Comme elle est heureuse de vivre! Elle crépite d'allégresse et d'exubérance, elle module un air de triomphe.
Au dehors, l'ouragan traverse lea plaines d'Abraham d'une énorme clameur. Yvonne et Gaspard se sentent l'Ame plus glacée, plus lugubre, quand des gémissements plus aigus les ébranlent d'un frisson. Ils s'empressent alors, d'un élan instinctif, de revenir à la flamme douce et gaie. Le père, à la voir aussi bienfaisante, aussi généreuse, éprouve une sensation inconnue d'apaisement et de bonté… C'est comme si la douleur au plus intime d'elle-même s'en allait très loin, calme, bénigne, lorsqu'Yvonne entend la flamme vivre et lui murmurer de l'espérance…