En la saison que les arbres se despouillent de leurs verdissantes beaultez, Vulturnus le froid vent venant de Septentrion, estoit annonciateur de l’ivernalle froidure : & son compaignon Boreas congeloit la liquidité des fleuves decourans, & les transformoit en cristal immobile. Alors les tristes nouvelles me furent exhibees : ce fut de la douloureuse transmigration de celle qui estoit de moy souveraine imperatrice. Helas quand si acerbes parolles me furent prononcees, en si grande terreur m’entrerent dedans l’entendement, que peu s’en faillit que ne tombasse mort : & n’eust esté que ce mien parfaict & fidelle compaignon en ma presence assistoit, je feusse subcombé en quelque inconvenient irrecuperable : mais pource que par la mutation de ma couleur, l’extreme travail que je souffroye avoit comprins : Il se monstra diligent de me secourir, toutesfoys je ne differay en sa presence de me plaindre & lamenter, & commençay a dire ainsi.

O aveuglee & instable fortune insidiatrice de tout bon entendement, fabricatrice de tous dolz & frauldes, je voys apertement que par tes subtiles inventions : ingenieusement tu m’as privé de la veue de celle sans laquelle impossible me sera de vivre. Las je ne sçay si les dieux sont irritez contre moy, Et quand pour vindication t’eussent permis de user de crudelité en ma personne, toutesfoys je suys ignorant quelle pourroit estre l’occasion.

O souverain Juppiter, je ne suis celluy qui a ton sacré royaulme avec les geans mis le siege.

O Saturne, ce ne fut pas moy qui de ton paternel royaulme te exhereda.

O Titan, je ne suis celluy qui de vostre droit hereditaire vous priva.

O belle Venus, ce ne fut pas moy qui les artificielles retz, au prejudice de toy & de Mars fabrica.

O tresillustre illuminateur de l’universel monde Apollo : je ne suis celluy qui ton filz Phaeton fulmina.

O Mercure, je ne fuz oncques insidiateur a nul de telz conseilz.

O Phebé, en tes longues amours jamais ne te troublay.

O Juno & Pallas, je ne suis celluy qui le jugement de la pomme contentieuse, en deteriorant voz divines beaultez prononça.