Le Play a eu, en effet, des disciples ; et aujourd’hui encore, deux écoles différentes (car dès qu’il y a doctrine, il y a dissidences) se réclament de lui. Ceux qui restent le plus strictement attachés à son enseignement ont pour organe une revue qui s’appelle, elle aussi, la Réforme sociale ; on la suivra avec zèle si on porte intérêt à tout ce qui est amélioration et pacification sociales, même si on n’attache pas autant d’importance que ses directeurs à certaines questions délicates, comme celle de la liberté testamentaire. Les derniers fascicules de l’année 1903 contiennent justement sur ce sujet une discussion où toutes les opinions se sont fait jour ; on pourra aller y puiser des arguments pour l’opinion qu’on doit avoir d’avance, car hélas, suivant le mot de Spinoza, « les choses ne nous semblent vraies que parce qu’elles nous agréent ». Les disciples dissidents, qui ambitionnent de continuer Le Play en le complétant, ont aussi leur revue, la Science sociale plus variée que la rivale ; c’est là qu’ont paru les très curieuses études historiques de M. Henri de Tourville sur « la formation particulariste », et de M. Philippe Champault sur « les Caravaniers d’Odin » et les « Héros d’Homère ». Le directeur de la revue, M. Edmond Demolins, est connu par des ouvrages retentissants comme A quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons, qu’il ne sera pas mauvais de lire et de rapprocher soit des écrits déjà cités sur les États-Unis, soit de divers livres sur nos voisins d’outre Manche, le Développement de la Constitution et de la société politique en Angleterre, de Boutmy, les Notes sur l’Angleterre, de Taine, l’Éducation et la société en Angleterre, de Max Leclerc, et les Nouvelles sociétés anglo-saxonnes (dans l’hémisphère austral), de Pierre Leroy-Beaulieu. Les autres ouvrages de M. Demolins sur les Français d’aujourd’hui, sur les Routes sociales, sur l’Éducation nouvelle, présentent les mêmes caractères de prémisses sérieuses et de conclusions outrées, mais dont on peut tirer leçon salutaire.

Par curiosité on voudra, peut-être, comparer à ce que nous pensons, nous, de l’Angleterre, ce qu’en pensaient nos pères. Le livre de Montalembert, De l’avenir de l’Angleterre, pourra servir à cette comparaison. On ne se doutait pas plus, en 1850, de l’impérialisme anglo-saxon actuel, qu’on ne se doutait, en 1689, de l’avenir des États-Unis. Qui prévoyait le grand Commonwealth australien, en 1840, quand nous manquâmes de quelques jours l’occasion de nous établir les premiers dans la Nouvelle-Zélande ? Il y a certainement beaucoup de « fatalité » dans le cas de la grandeur britannique, et il est mélancolique de penser que de bien légers coups de pouce du destin auraient suffi à tout changer. Tout a servi l’Angleterre, même ses fautes. C’est pendant que nous donnions au monde l’exemple de la pacification religieuse que l’intolérance anglaise, la pire de toutes celles qu’a connues l’histoire, sans excepter l’espagnole, a déterminé la colonisation des futurs États-Unis, et c’est à la gloire définitive de la race qu’ont tourné toutes les défaites des Goddams, comme les victoires d’autres peuples ont tourné à leur abaissement final. Sur ce sujet on pourra lire l’Expansion de l’Angleterre, de Seeley. Je n’indique pas les innombrables études qui ont été consacrées à ses ouvriers, les grands hommes d’État anglais, et préfère, d’autant que j’ai déjà parlé des littérateurs et des esthètes, indiquer des ouvrages sur l’évolution psychologique de quelques grands esprits religieux : le Cardinal Manning, par F. de Pressensé, le Cardinal Newman, soit par Lucie Félix-Faure (Mme Goyau), soit encore par l’abbé Henri Brémond ; Channing, par Ch. de Rémusat, les Lettres de l’évêque Colenso qui abandonna son église (une intéressante nouvelle de Robert de Bonnières, lord Hyland, semble une transposition de cet épisode psychologique), les Pensées sur la religion, de Romanes (en anglais, Open Court, Chicago), etc.

Taine remplira l’année suivante. Près de 30 volumes qu’il faudra bien lire, si on ne les connaît déjà, et, qu’en ce cas, il faudrait relire. Quelques-uns, chemin faisant, furent déjà indiqués, les Notes sur l’Angleterre et l’Histoire de la littérature anglaise ; aussi l’Essai sur Tite-Live, le La Fontaine et ses fables et les trois volumes d’Essais de critique et d’histoire. Ces rappels faits, arrivons à ce qu’on ne connaît peut-être pas encore, bien qu’il paraisse inadmissible qu’on puisse arriver à quarante-trois ans sans avoir lu les Origines de la France contemporaine. Donc et avant tout les six in-8o ou les douze in-16o des Origines. L’ouvrage est capital, et nulle excuse ne serait valable pour se dispenser de le connaître. Il comprend un volume sur « l’Ancien régime » qu’on comparera au livre correspondant de Tocqueville, trois volumes sur « la Révolution », qu’on s’abstiendra par contre de comparer à quoi que ce soit, car on pourrait se laisser prendre dans l’engrenage et ne plus sortir de la période révolutionnaire (on la retrouvera bientôt), enfin deux volumes sur « l’État moderne » où l’on résistera de même à la tentation d’approfondir. Quel dommage que Taine n’ait pas eu le temps d’écrire ses derniers chapitres sur la Famille, l’Association, la Société, et quels regrets qu’il se soit si longtemps attardé à computer l’affreux bilan du terrorisme ! Renan fut plus heureux, ou mieux ménager de ses derniers ans, lui qui de sa grande double Histoire des origines du christianisme, et Histoire d’Israël put écrire l’ultime ligne : Finito libro, sit laus et gloria Christo !

Ensuite, les notations sur cette France contemporaine dont il a si âprement fouillé les débuts, les Notes sur Paris (Vie et opinions de Graindorge) et les notes sur la province (Carnet de voyage) qu’il faudra alors compléter avec le Voyage aux Pyrénées. C’est dans ce dernier livre, début de Taine, que se trouvent quelques-unes de ses meilleures pages, descriptions de montagnes ou fantaisies à dessous sérieux, comme la « vie et opinions philosophiques d’un chat », badinage digne des « Cochons à quatre pieds », de Carlyle. Après cela, catégorie tout autre, les livres d’esthétique, la Philosophie de l’art, et le Voyage en Italie, où il n’y a qu’une lacune, il est vrai, abyssale, l’art médiéval. Enfin, dernier domaine, les livres de philosophie ; d’abord la si amusante démolition des Philosophes classiques du dix-neuvième siècle en France, et la reconstruction de l’Intelligence, reconstruction d’école tout au moins, puisque c’est de ce livre que date tout le mouvement des psycho-physiologues, Ribot, Wundt, Grasset et tant d’autres qu’on pourra, l’occasion se présentant, étudier. Peut-être alors prendra-t-on goût à la matière et se plongera-t-on dans les volumes de l’Année psychologique ; peut-être remontera-t-on jusqu’aux vieux maîtres Barthez et Lordat, Blainville, Bichat et Cabanis. Peut-être aussi, par dépit de voir si peu résulter des sphigmographes et des thermomètres, se rejettera-t-on vers la pure idéologie. Dans ce cas on appréciera la Métaphysique et la Science, de Vacherot que Taine a dépeint si sympathique sous le nom de M. Paul dans les dernières pages de ses Philosophes classiques, ou on s’étonnera de l’ironique renaissance de l’ancienne hydre mal tuée par Comte, et qui ose reparaître sous le masque d’Un Positivisme nouveau, celui que MM. Le Roy, Wilbois, Duhem et autres exposent dans la « Revue de métaphysique et de morale ». Notons enfin, avant de quitter Taine, sa Correspondance de jeunesse, récemment publiée. D’autres volumes de lettres ou de notes suivront assurément. Le grand Taine est de ceux chez qui rien n’est indifférent : Causas rerum altissimas, dit son épitaphe, candido et constanti animo, in philosophia, historia, litteris perscrutatus, veritatem unice dilexit. Son influence au surplus subsiste et s’amplifie, alors que celle de Renan, semble-t-il, décroît.

Mais que ce ne soit pas une raison de s’abstenir de celui-ci. Renan, quelles que soient ses carences ou ses hypertrophies, est un des maîtres de la pensée moderne. On a déjà lu d’ailleurs une bonne partie de son œuvre, les 5 volumes de l’Histoire d’Israël et les 8 volumes des Origines du christianisme. Qu’on les relise ! Et qu’on poursuive jusqu’au dernier des autres ! Le génie du maître est si clair qu’on peut s’approcher, sans trop de crainte, même des ouvrages de pure érudition, l’Averroès et l’averroïsme, l’Origine du langage et l’Histoire comparée des langues sémitiques. Je concède, au surplus, que si le temps manquait, ce sont ces austères spécialités que l’on pourrait sacrifier d’abord. Mais si le temps se raréfiait au point qu’il fallût sauver seulement un ou deux d’un holocauste général ? Alors je proposerai, d’abord, les Drames philosophiques (et s’il ne fallait lire que cent pages de toute l’œuvre de Renan, que ce soit l’admirable Prêtre de Némi) et ensuite les Dialogues philosophiques ; qui sait si l’essentiel de Nietzsche ne vient pas du « Rêve aristocratique » du troisième dialogue ? Tout de suite après, abstraction faite de son œuvre historique, un livre où Renan tout entier jaillit dans le bouillonnement de la jeunesse, l’Avenir de la science ; et pour contraste, l’ivresse dionysienne étant alors tombée, le mélancolique et profond ouvrage qui suivit la crise de l’année terrible, la Réforme intellectuelle et morale de la France. Le reste est moins important mais toujours notable, les Questions contemporaines, les Essais de morale et de critique, les Études d’histoire religieuse, les Mélanges, les Discours et les Conférences. Jusque dans de simples comptes rendus, ou dans de naturelles causeries abondent les vues fines ou fortes, et combien peu d’écrivains dont on puisse dire que sur trente volumes il n’y a peut-être pas une page qui soit négligeable !

A cette œuvre qui est celle du savant, de l’homme public, il faudrait joindre celle, peut-être plus précieuse encore, de l’homme privé. De toutes les évolutions psychologiques, il n’en est pas de plus intéressantes que celles qui rapprochent ou qui éloignent un homme de la foi religieuse. Le cas de Renan est tout à fait hors pair par la pureté des motifs, la sincérité des oscillations, aussi par l’art merveilleux avec lequel l’évoluant s’est dépeint. Toute une série de volumes admirables, la Correspondance avec sa sœur Henriette, les Lettres du Séminaire, les Souvenirs d’enfance et de jeunesse permettent de suivre cette palpitante tragédie intime, au point qu’on se surprend à se demander si on ne voit pas plus clair encore que Renan dans sa propre conscience. Est-ce bien l’exégèse biblique qui a détaché le séminariste de ses croyances ? Il le dit, et certes il est sincère. Pourtant, comme à de nombreux indices, il semble que c’est la conviction métaphysique qui a précédé et entraîné le raisonnement philologique ! L’influence lointaine de sa sœur a-t-elle été aussi secondaire qu’il le croit ? Tout ceci, d’ailleurs, n’importe qu’aux gens épris de ces sortes de problèmes insolubles. Il est d’autant moins question de « solliciter doucement » les textes fournis par Renan lui-même, que peut-être son influence, même au point de vue religieux, changera d’aspect. Qui sait si on ne lui saura pas gré un jour, comme à tel vainqueur d’Eutychès, d’avoir insisté sur l’humanité de Jésus ? Le monophysisme est hétérodoxe, et oublier dans Jésus-Christ l’Homme est contraire au dogme.

Tous ces volumes sont si attachants, si limpides, si peu denses d’impression aussi (il faut bien noter ces détails matériels) qu’il restera sans doute du temps libre cette année. On pourra en profiter pour vagabonder dans le vaste domaine des sciences religieuses. Si l’on a l’âme vaillante, on essaiera de lire le Livre des morts, l’Épopée d’Izdubar, les Védas, l’Avesta, Confucius, le Lotus de la bonne loi, le Coran, et si on échoue, on ne se croira pas pour cela déshonoré. Ces textes sont, en effet, redoutables ! On en aura raison plus facilement si on les aborde à l’aide des historiens et des commentateurs modernes. Ainsi la Religion des Védas, d’Oldenberg, le très remarquable Bouddha, du même auteur, et la classique Introduction à l’histoire du bouddhisme, d’Eugène Burnouf, les Origines du zoroastrisme, de C. de Harlez, seront ici du meilleur secours, et tous les autres livres que cite M. Chantepie de la Saussaye dans son Manuel de l’histoire des religions (Colin). Mais ce ne sont là que cultes historiques et peut-être le lecteur s’intéressera-t-il davantage à ce qui les fait fleurir, à l’obscure source du sentiment religieux en général. Deux livres antithétiques pourront alors être confrontés, les Essais sur l’histoire des religions, de Max Müller (Perrin), d’une part, et d’autre part Mythes, cultes et religion, d’Andrew Lang (Alcan). La mode est à celui-ci plutôt qu’à celui-là. De toutes les explications philologiques de Max Müller peut-être n’en reste-t-il plus qu’une seule d’admise : le « Zeus pleut ». Aujourd’hui, l’Hercule et Cacus, de Michel Bréal, ne susciterait plus d’enthousiasme, et la Mythologie grecque, de Decharme, provoquerait un peu d’impatience. Mais qui sait si la mode ne changera pas encore ? Au fond, il y a du vrai dans tous les systèmes, dans le numen nomen comme dans le numen totem. Subtilités sacerdotales et spontanéités populaires ont la même source, le sentiment religieux, sur quoi la méditation en apprendra plus que la lecture. Comme dit Carlyle, « qu’un silence sacré médite cette matière sacrée ». Dans tous les cas, ayant entendu les deux avocats, Müller et Lang, on pourra choisir ; à moins qu’on ne veuille encore ouïr d’autres plaidoiries, car le débat est vaste et les parties multiples ; la sociologie et la psychologie religieuses sont un des champs qui ont été le plus fouillés et retournés ces derniers temps ; que d’encre a fait couler la seule question du totémisme ! On hésite à citer des noms ; car si on commence, où s’arrêter ? Je renvoie donc pour la bibliographie aux volumes réguliers de l’Année sociologique. Quant à l’état présent des choses religieuses, encore moins oserai-je pénétrer dans le fouillis des livres qui ont poussé sur ce sol fécond. Je n’en cite que deux ou trois à titre d’exemple : l’Esquisse d’une philosophie de la religion basée sur la psychologie et sur l’histoire, d’Aug. Sabatier, l’Essence du christianisme, d’Harnack, les Fondements de la croyance, de Balfour, et, à un point de vue différent, le tableau religieux du siècle dernier publié sous le titre d’Un siècle (Oudin) ; comme toutes les compositions polycéphales, le livre est inégal, mais des morceaux en sont excellents.

Enfin Tarde. Si l’on veut être à la mode, et ce penseur a justement montré combien la mode était légitime et féconde, il faut avoir lu ses livres, et comme ceux-ci sont à la fois très nombreux et très variés, il est bon de les lire méthodiquement. Le petit volume sur les Lois sociales servira ici de fil conducteur. Le système tardique se ramène aux trois termes répétition, opposition et adaptation ; au premier correspondent les Lois de l’imitation qui furent, plus que la Croyance et le Désir, le vrai début de l’auteur ; au second, l’Opposition universelle qu’il faudrait lire si l’on se sentait par trop épris de la beauté de la guerre ; au troisième, la Logique sociale qui est en quelque sorte une psychologie de l’invention, et complète ainsi celle de l’imitation. Tous ces ouvrages donc se tiennent. Les autres ne sont pas d’ailleurs sans lien. Ceux qui forment le groupe criminalogique, c’est-à-dire la Criminalité comparée et la Philosophie pénale, sont l’application au droit répressif des théories psychologiques chères à l’auteur, et de même la Psychologie économique est le bouleversement de tout le domaine, de toute « la petite vigne phylloxérée » des économistes par l’introduction des grands courants de l’action intermentale ; les imperturbables scolastiques de la fin du moyen âge ne durent pas être plus démontés à l’apparition des idées nouvelles que ne le furent sans doute à la lecture de ce livre les tenants de l’ancienne économie abstraite où Ricardo et Karl Marx se battent à coups de barbara et de baralipton. Voilà ce qu’il faut au moins connaître de notre auteur ; mais si l’on s’est laissé séduire par ce brillant et charmant esprit, on lira tout ce qu’il a produit encore et on s’enchantera de découvrir dans chacun de ses autres recueils de remarquables pages, par exemple : « Souvenirs de transports judiciaires » ou « la Graphologie » dans les Études de psychologie sociale, « Monadologie et Sociologie », dans Essais et mélanges sociologiques, « la Conversation » dans l’Opinion et la foule, sans compter les Contes et poèmes plongés depuis longtemps dans l’in pace.

Peut-être ai-je eu tort de mettre dans mon septain un disparu si récent. Tous les contemporains vont réclamer. Qui n’a pas son ours à produire ? Le malheur est que l’année n’a que douze mois et que Tarde nous a fourni au moins 12 volumes. Que de livres n’y aurait-il pas à lire, en effet, si on voulait se faire une idée même superficielle des sciences où notre auteur a foré ça et là ses puits de mine ! Quelqu’un qui, intéressé par la Psychologie économique, voudrait, par exemple, connaître les plus importants économistes du passé, la collection Guillaumin aidant, ou seulement savoir l’état actuel de la science ; qu’on songe à ce qu’il y a de matière dans les six gros volumes du Traité d’économie politique et du Traité de science financière, de Paul Leroy-Beaulieu ! Ou quelqu’un qui, séduit par la Philosophie pénale, voudrait se mettre au courant de l’énorme amas de publications de la psychiatrie nouvelle, ou seulement savoir à quels résultats pratiques sont arrivés les criminalistes comme Lombroso ou Ferri en Italie, Maudsley en Angleterre, Henri Joly chez nous. Mais ne serait-ce pas pire encore si l’on voulait s’engager dans le hallier de la sociologie proprement dite, et abattre thèse sur thèse pour décider si la société est un organisme ou non, si les gendarmes correspondent aux phagocytes ou non, si la sociologie a pour domaine l’ensemble des relations sociales ou seulement ce qui, dans ces relations, ne peut pas s’expliquer par les actions individuelles ? Même en limitant d’avance, à six par exemple, le nombre de ces livres-là, comment être sûr de bien choisir ?

Essayons pourtant. Voici d’abord un guide clair et bref, le Précis de sociologie, de G. Palante. Ensuite l’Évolution sociale, de Benjamin Kidd (Guillaumin) où la supériorité de la volonté sur l’intelligence comme facteur social est mise en une lumière bien fâcheuse pour certains purs intellectuels. La Science sociale traditionnelle, de Maurice Hauriou (Larose), œuvre d’un penseur à la fois vigoureux et subtil qui n’a point été remarquée à son mérite. Les Lois psychologiques de l’évolution des peuples, de Gustave Le Bon (Alcan), petit livre mais ramassé et qui donnera d’ailleurs envie, je l’espère, de lire les autres ouvrages de cet auteur, comme celui d’Hauriou fera peut-être ouvrir tel gros et captivant traité de droit administratif. Le Libéralisme, de Faguet, conclusion ou introduction, comme on voudra, d’autres causeries sur les Questions et Problèmes politiques du temps présent (Lecène). Et cela fait cinq. Pour sixième, si je m’enhardis à proposer Quand les peuples se relèvent (Perrin), c’est que cet ouvrage, indigne de figurer en si noble compagnie, a du moins ce mérite de rendre palpable la décourageante complexité des choses humaines. Pas une question qui n’ait triple et quadruple face, pas une action qui n’ait toute une cascade de contre-coups et de ricochets, pas une solution qui ne mette en jeu tout un carillon de changements. Et peut-être ceux qui auront lu le livre en garderont une saine appréhension d’introduire des mains trop gourdes dans le si sensitif mécanisme d’horlogerie vivante qu’est le milieu social.