La Belle Etoile (la bello Estello).—Les trois Mages, partant pour Bethléem, étaient précédés d’un enfant vêtu en lévite et portant une étoile d’argent à l’extrémité d’un long bâton. Trois pages chargés de présents les suivaient.
Les Apôtres, revêtus du costume oriental, étaient munis chacun d’un symbole propre à le faire reconnaître; Jésus, au milieu d’eux, marchait recueilli et comme accablé sous le poids de la croix.
Les Chevaux Frux, que la tradition fait remonter aux Phocéens, furent en grand honneur sous la chevalerie et le roi René. Longtemps regardés, d’après la légende, comme l’image des combats entre les Centaures et les Lapithes, on y voit aujourd’hui une reproduction grotesque des anciens tournois. Ces chevaux en carton, richement caparaçonnés, la tête ornée de panaches, étaient mis en mouvement par leurs cavaliers. Une ouverture pratiquée dans le dos permettait à l’homme, au moyen de courroies, de suspendre sa monture, qui avait l’air de faire corps avec lui; les draperies masquaient les jambes, et les mouvements imprimés par le cavalier casqué, armé d’une lance, imitaient toutes les figures usitées dans les tournois. Cet escadron, composé d’une vingtaine de chevaux, était précédé d’un héraut d’armes, d’un coureur et d’un Arlequin, qui faisait toutes sortes de tours. A sa suite, la musique, fifres et tambourins, jouait des airs gais de la composition du roi René.
Un Tambourinaire. [↔]
La Mort, comme aux jeux du Guet, apparaissait enfin, mais sous un aspect plus repoussant. La personne qui la représentait, grande, la figure noire, la tête couverte d’ossements, était armée d’une faux avec laquelle elle écartait les curieux. Ces derniers attachaient une grande importance à n’être pas touchés par la faux qui, d’après eux, désignait ceux qui devaient mourir dans l’année.
Un usage qui s’est perpétué jusqu’à nos jours, c’est la promenade du bœuf, pendant la semaine précédant la Fête-Dieu. La corporation des bouchers de la ville de Marseille a toujours eu le monopole de cette cérémonie. On choisit le bœuf le plus beau, on lui dore les sabots et les cornes auxquelles on suspend des guirlandes de roses. On couvre son dos d’une housse de velours à crépines d’or, et l’on y fait asseoir le plus bel enfant que l’on peut trouver. Il est vêtu d’une tunique blanche comme un lévite et couronné de roses. Parfois aussi il est tout nu, avec une peau de léopard sur les épaules et la poitrine, et, sur la tête, des feuilles de vignes entremêlées de grappes de raisin. Quatre bouchers l’accompagnent; leur vêtement consiste en une robe de damas de différentes couleurs, attachée à la taille et assez courte pour laisser voir au-dessous du genou des bas de soie et des souliers à boucles. Une ceinture de soie à franges et crépines d’or, une chemise plissée à manches, ornée de rubans, enfin un chapeau d’abbat bordé d’or et entouré de plumes blanches complètent le costume. Le cortège, suivi de fifres et de tambourins, parcourt les rues où doit passer la procession. Les bouchers portent des plats d’étain et font la quête, dont le produit sert à payer les frais de cette exhibition. Le soir venu, on abat le bœuf, dont les quartiers sont distribués aux pauvres de la ville. On s’est livré à de longues dissertations pour expliquer ces usages, et surtout la mort du bœuf. Les uns ont voulu y voir le sacrifice du bouc émissaire des Hébreux, chargé de toutes les iniquités du peuple. Mais alors pourquoi un bœuf, quand il était si simple de se procurer un bouc? D’autres ont pensé que les bouchers tiennent la place des anciens sacrificateurs romains, idée justifiée par une certaine ressemblance de costume. Nous croyons simplement que tous les corps de métiers étant représentés à la procession de la Fête-Dieu, sauf les bouchers, qu’aucune bonne raison n’excluait, ils avaient pris un bœuf comme emblème de leur corporation. Quant à l’enfant, sa robe de lévite est une réminiscence de la religion juive. Avec les attributs de Bacchus, il perpétue un souvenir du paganisme.
A Salon, la confrérie des paysans dite de Diou lou payre (Dieu le père) élisait tous les ans, le jour de l’Ascension, un laboureur qui prenait le titre de Rey de l’Eyssado[10]. Il paraissait à la procession de la Fête-Dieu tenant une pioche en guise de sceptre, précédé de pages portant des épées nues. Une paysanne partageait avec lui les honneurs de la royauté. Des dames d’honneur tenant des bouquets, précédées par un autre paysan portant un drapeau, un autre jouant du tambour de guerre, un berger portant une écharpe en sautoir et jouant du bâton, enfin quatre danseurs suivis de tambourins complétaient le défilé.
Pour la Saint-Jean, les artisans élisaient le Roi de la Badache[11]. Cette cérémonie était annoncée la veille au son des cloches et des tambourins par un grand feu de joie. A la procession de la Fête-Dieu, le Roi de la Badache se montrait en habit à la française avec, sur les épaules, un manteau bleu parsemé d’étoiles d’or et à la main un chapeau Henri IV. Il était précédé d’un courrier, d’un porte-drapeau, d’un joueur de pique, de trois princes d’amour, de huit danseurs et de deux pages. Derrière lui, un second courrier annonçait la reine et ses dames d’honneur.
La Saint-Jean.—A huit heures du soir, la veille de cette fête, le corps municipal, le clergé et les prieurs des corporations se rendaient en grand cortège sur la place où l’on avait disposé des fagots de sarments et des fascines. Le maire a encore aujourd’hui le privilège d’y mettre le feu et il fait trois fois le tour du bûcher, suivi de tous les assistants. La flamme monte et éclaire la foule, les cloches sonnent à toute volée, les boîtes à poudre font entendre leurs détonations, les serpenteaux éclatent, traversent l’air et tombent sur les spectateurs effarés. Bientôt la falandoulo se forme, et c’est en dansant et en chantant que l’on voit s’éteindre le feu de la Saint-Jean. A Marseille, on dispose sur la colline de Notre-Dame de la Garde des tonneaux de goudron qui brûlent toute la nuit. Par intervalles, des feux de bengale de toutes couleurs changent l’aspect de cette partie de la ville, où l’on termine la fête par un brillant feu d’artifice. Le marché aux herbes de la Saint-Jean est trop intimement lié à ces réjouissances pour que nous n’en disions pas un mot. Qui ne le connaît, à Marseille? C’est un des plus anciens que nous ait légués la tradition provençale, et c’est aux allées de Meilhan, sous les ormes séculaires et les platanes grecs, qu’il se tient.