CHAPITRE PREMIER
La synthèse de la langue provençale a tant de rapports avec la française qu’il n’y a point de règles à donner, mais seulement des observations à présenter sur les tournures des phrases.
DES ARTICLES
On met quelquefois l’article avant l’adjectif au lieu de le mettre avant le substantif. C’est une chose qui nous est commune avec les Grecs, et certainement c’est d’eux que nous tenons cette façon de nous exprimer: lou mieou béou, mon beau; lou mieou bel enfant, mon bel enfant; lou sieou fraire, son frère, etc.
DES NOMS
J’ai dit plus haut que les noms ne changeaient pas de terminaison dans les nombres et qu’il était même reçu de ne pas ajouter l’s final pour désigner le pluriel, à moins que le mot suivant ne commence par une voyelle. Mais cette règle n’est pas encore générale; on dit bien leis ais, prononcez lei zai; mais on ne dit pas les ais avien en prononçant lei-zai zavien, mais lei-zai-avien; en sorte qu’il faut nécessairement entendre parler le provençal ou l’écrire comme on le parle. C’est un défaut de la langue, défaut qui ne doit pas surprendre ceux qui savent que les idiomes vulgaires n’ont pas de règles bien certaines, et que l’usage est la première de ces règles. Les Provençaux ne connaissent pas de mot qui forme seul un comparatif. C’est une faute de dire en provençal: milhour que l’autre, piegi que vous: meilleur que vous, pire que vous; il faut dire plus milhour, plus piegi, ce qui, en français, serait un pléonasme détestable.
CHAPITRE II
DES PRONOMS
Les pronoms personnels se sous-entendent toujours devant les verbes, comme on l’a vu dans les conjugaisons que j’ai placées en leur lieu. Ainsi on dit vendrai, je viendrai; esveray, il est vrai, etc.