Dans Françounetto, Jasmin eut pour but de réagir contre les détracteurs du provençal en démontrant l’erreur de ceux qui prétendaient que cette langue ne pouvait se prêter à une œuvre durable, qu’elle était condamnée à disparaître fatalement, parce qu’abandonnée par les salons et les Académies. Piqué au jeu, il s’est plu à retracer une page d’histoire locale où l’amour, l’envie, la jalousie, l’ignorance sont tour à tour dépeints de main de maître. Sainte-Beuve, déjà cité, le recevant à Paris, lui dit: «Jasmin, vous êtes en progrès; continuez, vous faites partie des poètes rares de l’époque.» Puis, lui montrant un rayon de sa bibliothèque, qui contenait leurs œuvres: «Comme eux, vous ne mourrez jamais.» Quel plus bel éloge le poète pouvait-il recevoir, et quelle réponse aux prophètes de malheur qui l’avaient condamné à l’oubli sous prétexte qu’il avait écrit dans une langue qui n’était pas la langue française!

Françounetto fut déclamé à Toulouse, dans la salle du Musée, devant quinze cents personnes. «Malgré la longueur du poème, deux mille cinq cents vers, tout le monde restait encore assis, lorsque Jasmin eut terminé, espérant s’enivrer encore à cette source de poésie[29].» La municipalité, ratifiant le vote de l’assemblée qui voulait donner à l’auteur, par le moyen d’une souscription, un témoignage de son admiration, y ajouta ensuite le titre de Fils adoptif de la ville de Toulouse.

On sent qu’il a dépensé dans Maltro l’Innoucento (Marthe la Folle), étude très fouillée du cœur humain, toutes ses qualités, tout son génie; il y a mis toute son âme.

Ardent et généreux, il parcourait les grandes villes de France, chantant ou récitant ses œuvres comme ses ancêtres les troubadours. Ses biographes assurent qu’il a ainsi gagné plus de quinze cent mille francs, et cependant il est mort dans un état proche de la misère. C’est que les produits de ses conférences sur la langue d’oc et de ses tournées poétiques ont été versés entre les mains des pauvres, dans la caisse des hospices, ou bien encore ont servi à la reconstruction d’églises de villages. Par ses conférences, il a propagé et mis en relief les beautés de cette langue méridionale condamnée à mort depuis des siècles et qui, plus vivante que jamais, se parle, s’écrit et se fait écouter jusque dans le Nord. Aussi peut-on dire de lui qu’il a été l’un des plus grands parmi les précurseurs des félibres, et que l’épitaphe gravée sur le socle de la statue qu’on lui a élevée dans sa ville natale est frappante de vérité:

O ma lengua, tout me zou dit,

Lançarai uno estello à toun frount encrumit.

O ma langue, tout me le dit,

Je mettrai une étoile à ton front obscurci.

Vient ensuite Moquin-Tandon, dont le Carya Magalonensis, édité en 1836, fut l’objet de critiques de tous genres, mais n’en consacra pas moins la réputation du savant botaniste comme écrivain languedocien.

Azaïs, son contemporain, se fit remarquer par ses poésies satiriques sur des thèmes locaux. Les peintures sont énergiques, les sujets quelquefois rabelaisiens. Dans ce genre de poésies plutôt scatologiques, on peut citer: lous Homes e los Femnos del temps passat, lou Lavamen, lou Factotum del curat de Capestang, etc..., etc... Toutes sont animées d’un souffle comique et d’une franche gaîté; la lecture en est facile et amusante.