Ame la France mai que tout[37].

Avignon: les Remparts. [↔]

Assurément, il faut compter avec les passions politiques, si ardentes dans le Midi quant à la forme du gouvernement. Mais il y a une chose sacrée qui domine toute étiquette gouvernementale, c’est la patrie, c’est la France. Et sur ce point, ce n’est pas chez les Félibres qu’il y aura jamais désaccord. D’ailleurs, cette tendance à leur prêter des sentiments qu’ils n’ont jamais eus n’émane que de quelques cerveaux malveillants, désireux de voir régner parmi eux la discorde et charmés d’en pronostiquer les symptômes. Leur conduite en maintes circonstances a prouvé d’une manière éclatante combien ils sont au-dessus d’une accusation qu’on aurait voulu injurieuse et qui n’était qu’absurde. L’opinion publique a fait justice d’une calomnie qui a tourné au grotesque, et les diffamateurs ont dû disparaître sous le blâme des esprits sensés et la risée générale.

Malgré la campagne entreprise contre son existence, le Félibrige vit, au contraire, les adhésions lui arriver aussi nombreuses que précieuses, sans distinction d’opinions politiques ou de fortune, de toutes les anciennes provinces du Midi.

En 1876, il entra dans une nouvelle période, que l’on pourrait appeler la période d’affirmation. Cette année-là tient une place à part dans ses annales par la proclamation des statuts. Ils furent votés le 21 mai 1876, à Avignon, dans la salle des Templiers de l’Hôtel du Louvre. Nous les donnons ci-après, in extenso, parce qu’ils font partie intégrante de l’histoire du Félibrige et, partant, de la langue provençale.


STATUTS DU FÉLIBRIGE DE PROVENCE[38]


Article premier.—Le Félibrige a pour but de réunir et stimuler les hommes qui, par leurs œuvres, sauvent la langue du pays d’Oc, ainsi que les savants et les artistes qui étudient et travaillent dans l’intérêt de ce pays.