Le théâtre provençal a aussi produit quelques artistes qui, en interprétant les œuvres des félibres, ont servi la cause méridionale et aidé à l’expansion de la langue provençale. A ce titre, ils méritent d’être nommés et au hasard de la mémoire nous pouvons inscrire: Revertégat, Brunet, Boyer, Sicard, Paggi, Pagès, Duparc, Foucard, etc., tous enfants du Midi, tous animés du même esprit de propagande, tous félibres par le cœur sinon de fait. Si nous avons pris plaisir à mentionner quelques-uns des principaux interprètes des œuvres félibréennes, nous n’aurons garde d’oublier les vaillantes feuilles qui ont soutenu et propagé nos idées et nos œuvres. La presse provençale s’est montrée à la hauteur de son rôle et nous sommes heureux de lui rendre justice en donnant ici la nomenclature de ces publications si curieuses à tant de titres pour les romanisants et les adeptes de la philologie provençale, si intéressantes pour les Félibres, si dignes d’encouragement pour tous ceux qui ont à cœur les revendications de nos départements du Midi, ardents protagonistes de la décentralisation.
Ce sont d’abord, à Paris:
- La Revue félibréenne, de Paul Mariéton;
- La Romania, de Paul Meyer et Gaston Paris;
- La Revue de philologie française et provençale, de L. Clédat;
- La Province, de Lucien Duc;
- La Cigale, organe des Cigaliers;
- Lou Viro-Souleù, organe des Félibres de Paris.
Puis en province:
- La Revue des langues romanes, à Montpellier;
- Lou Felibrige, de Jean Monné, à Marseille;
- Limouzi, de Sernin Santy, à Saint-Etienne;
- La Sartan, de Pascal Cros, à Marseille;
- La Terre d’Oc, de Sourreil, à Toulouse;
- La Campana de Magalouna, à Montpellier;
- Lou Calel, de Delbergé, à Villeneuve-sur-Lot;
- L’Homme de bronze et le Forum républicain, Arles;
- L’Aioli, Avignon;
- La Revue méridionale, de Rouquet, à Carcassonne;
- Le Petit Var, Toulon;
- Le Petit Provençal, Marseille;
- Le Petit Marseillais, Marseille;
- L’Armana marsihès;
- L’Armana prouvençaù.
Maurice Faure. [↔]
Parlerons-nous des concours, toujours si suivis, fondés par les Félibres de Paris? Le nombre sans cesse croissant des concurrents annuels suffit pour en attester le succès, qui d’ailleurs s’explique de lui-même quand on sait avec quel soin, quel esprit de méthode sont préparés les programmes. C’est dans la salle des délibérations, au café Voltaire, salle ornée des portraits des personnalités marquantes des Sociétés littéraires méridionales et des œuvres des peintres et sculpteurs du Midi, que sont discutés longuement les divers paragraphes du Concours des jeux floraux. Sous la présidence du si sympathique maire du XVe arrondissement, M. Sextius Michel, dont on fêtait dans un banquet mémorable, il y a quelques mois, le trentenaire des fonctions municipales, on pose les questions à débattre. Chacun, suivant ses goûts, ses études ou ses préférences personnelles, examine la partie du programme qui l’intéresse davantage. Ce serait une banalité de répéter que l’âme du Félibrige de Paris est, sans contredit, Maurice Faure. Il suffit d’assister à une séance pour être frappé de l’entrain qu’il communique et des résultats acquis par la façon claire et précise dont il élucide les points douteux ou équivoques. Sa parole chaude et éloquente donne à ces réunions un attrait qui, non seulement en fait le charme, mais en rehausse incontestablement l’importance.
L’attrait est doublé quand M. Deluns-Montaud, ancien ministre, aujourd’hui directeur des Archives aux Affaires étrangères, y ajoute celui de sa présence. Les idées élevées qu’il développe avec une rare éloquence sont servies par un organe si sympathique que tous, sous le charme communicatif de l’ancien député, vice-président de la Société, écoutent attentifs, bercés par cette voix si douce lorsqu’elle évoque les légendes poétiques de nos vieilles provinces méridionales, tonnante lorsqu’elle s’indigne sur les malheurs immérités qui les ont frappées dans le passé, éclatante comme une fanfare lorsqu’elle célèbre leur grandeur et leurs triomphes.
Puis, au hasard des yeux, on aperçoit la bonne figure rabelaisienne d’Auguste Fourrés, qui sourit au souvenir des troubadours dont la vie se partageait entre l’amour et la poésie et dont il nous promet une histoire. En arrière, la haute stature d’Amy; sa barbe olympienne, ses membres puissants font de lui comme une personnification du Rhône auprès duquel il est né, dans ce Tarascon que Daudet a rendu célèbre, plus que les Tarasconnais n’auraient voulu. Ses œuvres artistiques ont honoré le Félibrige, et son Tambour d’Arcole, ce bronze vivant, restera l’une de ses meilleures créations. Puis la pléiade des peintres: Dufau, Wagner-Robier, Roux-Renard, Bénoni-Auran, mêlés aux sculpteurs: Hercule, Miale, Riffard; Injalbert, dont le pont Mirabeau, le monument élevé à la mémoire de Molière, à Pézenas, et d’autres œuvres aussi importantes attestent l’habileté et justifient la renommée. Mais voici les littérateurs et les poètes: Baptiste Bonnet, le premier parmi les Félibres qui ait donné des ouvrages en prose provençale, où le bonheur et la justesse de l’expression s’unissent à une forme simple et naturelle et à l’enchaînement méthodique des idées; Roux Servine, qui se joue des difficultés de la poésie provençale aussi bien que de la poésie française; Raoul Gineste, pseudonyme sous lequel se cache le plus provençal des docteurs en médecine que possède Paris, l’auteur de la Marchando de tello, d’un joli sonnet sur les chats, et d’autres poésies d’un sentiment bien félibréen; Henri Giraud, Fernand Hauser, H. Faure, Fernand de Rocher, Loubet et tant d’autres producteurs d’œuvres charmantes dont la nomenclature serait trop longue.