Il n’est pas jusqu’à l’ancienne Armorique qui ne veuille donner l’exemple en cette circonstance. Le rapport si intéressant du Comité de préservation de la langue bretonne, présenté au Congrès de Rennes, le 28 mai 1897, vient donner une nouvelle force aux arguments que nous avons exposés. Il considère (et nous sommes de son avis) l’instituteur primaire comme la principale pierre d’achoppement de notre programme. Ces braves fonctionnaires, bien disciplinés, obéissent à un mot d’ordre qui proscrit le breton de l’école. En vain leur fait-on observer que l’enseignement du français se fait mieux et plus facilement quand on se sert de la langue maternelle; en vain leur prouve-t-on d’une façon péremptoire que le maître d’école, aidé du breton, apprendra aux enfants en deux mois ce que, par la méthode ordinaire, on met huit mois à leur enseigner: rien n’y fait. Aussi le rapporteur prétend-il, avec quelque raison, que les Arabes, au point de vue scolaire, sont mieux traités que nos compatriotes. En effet, en Algérie, la langue arabe est enseignée aux enfants des écoles.

Le mouvement en faveur de l’enseignement du français par l’étymologie du dialecte local s’affirme une fois de plus dans le rapport si remarquable de M. Raymond Laborde, vice-président de la Ruche corrézienne. Il appuie son opinion de celle des hommes les plus autorisés de notre époque dans l’instruction publique et les études philologiques. Ce sont MM. Antoine Thomas, Paul Passy, Gilliérou, Michel Bréal, l’abbé Rousselot, Paul Meyer, pour Paris. Dans nos universités provinciales, il cite MM. Chabanaud, Bourciez, Clédat, Jeanroy, Constant, etc.

Ainsi donc, cette méthode, du Midi au Nord, de l’Est à l’Ouest, ne rencontre plus de contradicteurs sérieux. La conservation des anciens dialectes recrute tous les jours de nouveaux partisans, parce qu’elle donne partout les mêmes espérances de succès, en s’appuyant sur les mêmes exemples comme sur les mêmes raisons. La question ainsi posée, il appartient à M. le Ministre de l’Instruction publique d’ordonner une enquête à ce sujet. Si les conclusions en étaient favorables au désir exprimé par les populations rurales, rien ne s’opposerait plus à ce que les Universités de province, s’inclinant devant les résultats acquis, réalisassent des vœux aussi nombreux qu’éclairés en donnant aux instituteurs primaires des indications appropriées. Nul doute qu’une telle mesure n’eût une influence considérable sur l’instruction à tous les degrés.

NOTES:

[39] Le Figaro et l’Événement d’octobre 1878 reproduisent les discours des félibres qui étaient présents.

[40] M. Martin est mort depuis et son restaurant a disparu.

[41] Il ne faudrait pas voir dans cette épigraphe une indifférence en matière électorale, mais le désir bien affirmé des Félibres de s’abstenir de politique dans leurs réunions ou leurs fêtes.

[42] Villemain.

[43] Le Président Félix Faure et les Ministres ont assisté aux représentations du théâtre antique d’Orange et à toutes les manifestations félibréennes de l’année 1897.

[44] Aujourd’hui décédé et remplacé par l’aimable M. Marcel.