[45] Dont nous donnons plus loin des extraits.

VI
HISTOIRE DES DIALECTES DU SUD-EST DE LA FRANCE

Langue ligurienne.—Langue grecque.—Langue latine.—Langues barbares.—Langue francique ou théotisque.—Langue romane.

Si, jusqu’ici, nous avons donné une relation à peu près complète des usages et coutumes des Provençaux, nous n’avons qu’effleuré la question de leur langue, dans un simple aperçu, indispensable à l’histoire du Félibrige. L’histoire de la langue provençale offre un intérêt trop considérable pour n’être pas traitée séparément. Aussi nous avons cru devoir, dans les chapitres suivants, lui consacrer la place que son importance lui assigne.

Dans l’historique des idiomes parlés et écrits en Provence, nous remontons jusqu’aux origines, en passant par le grec, le latin et le roman, parce que nous avons pensé qu’il y avait intérêt à démontrer que le provençal actuel, né de ces langues, possède, encore de nos jours, des mots qui lui ont été légués par cette époque primitive où les rivages de la Méditerranée étaient habités par les Ligures. Le lecteur pourra se rendre compte de ce fait en parcourant les petits vocabulaires des mots restés dans le provençal usuel et se trouvera ainsi fixé sur cette question de linguistique.

Après avoir retracé les phases brillantes ou obscures par lesquelles ont passé les langues parlées et écrites en Provence depuis leurs origines jusqu’à nos jours, il nous a paru indispensable, pour juger des transformations et des progrès qu’elles ont subis, de citer des morceaux choisis, soit en prose, soit en vers, des idiomes locaux. Ces exemples donneront une idée des divers dialectes du Midi, de la corrélation qui pouvait exister entre eux et de leur valeur littéraire.

Enfin, pour terminer cet ouvrage, nous donnons la grammaire provençale que C.-F. Achard fit paraître en 1794, et qui, la première, fixa les règles de l’orthographe et de la prononciation. Depuis, sous l’influence du Félibrige, des modifications ont été apportées dans notre langue. Le Dictionnaire de Mistral, véritable monument d’histoire et de linguistique, en a arrêté définitivement la forme, l’emploi, la prononciation et l’orthographe. De son côté, le Frère Savinien a fait paraître tout un cours de provençal à l’usage des écoles primaires: grammaire, exercices lexicologiques, versions et thèmes, dont nous donnons des extraits qui, avec l’ouvrage de F.-C. Achard, permettront de comparer le provençal d’avant la Révolution avec celui de nos jours.

Le Frère Savinien, instituteur aussi savant que modeste, a adopté l’orthographe félibréenne et a fait dans son école une application pratique de la méthode étymologique pour l’enseignement du français par le provençal. Ses efforts ont été couronnés d’un plein succès et lui ont valu les éloges et les encouragements les plus mérités du monde littéraire et des membres les plus haut placés de l’enseignement public. Nous sommes particulièrement heureux de le constater ici et nous faisons des vœux pour que cet enseignement soit généralisé pour le plus grand honneur des lettres françaises.

La parole est l’expression de la pensée et le signe distinctif du genre humain. Mais cette manifestation la plus évidente des hautes facultés de l’homme n’est pas la même chez tous les peuples. De là est née la diversité des langages. Leur formation n’a rien eu de spontané; œuvre collective d’une suite de générations, elle a subi, chez les différentes nations, des modifications nées de la vie en commun, des besoins de l’existence et de la diversité des races.

Les langages se divisent à l’infini; cependant les philologues, les linguistes sont d’accord pour trouver dans ces idiomes différents des rapports, des affinités, des analogies, marques d’une commune origine. Partant de ce principe, on est amené à croire qu’ils ne sont que des empreintes inégales d’un même type. De cette source seraient nés des dialectes qu’on peut réunir dans un même groupe et rattacher plus ou moins étroitement à une langue mère, qui, pour avoir cessé d’être vulgaire, n’en a pas moins laissé des traces ineffaçables de son ancienne existence et de sa domination.