Avant la conquête romaine, les habitants des Gaules parlaient différents dialectes issus d’une même langue, que l’on est convenu d’appeler celtique.
Dans la Provence, dont les premiers habitants n’étaient pas celtes, mais liguriens, on parlait un langage absolument différent de celui de la Gaule proprement dite. Vouloir déterminer ce langage d’une façon exacte serait peut-être téméraire. Cependant notre provençal actuel nous en a conservé quelques vestiges qui ont pu servir en partie, avec le grec et le latin, à former notre langue.
Pas plus que les Gaulois, les Liguriens n’écrivaient; leur langage, lorsque les Phocéens s’établirent à Marseille, s’altéra peu à peu, par les emprunts faits à la langue grecque, qui devint rapidement, par le fait des transactions commerciales, la langue parlée dans toute la Provence. Puis le latin survint, imposé comme une loi à tous les peuples vaincus, et il ne resta des anciens idiomes que quelques mots ou rudiments qui formaient des barbarismes dans le latin des provinces.
Après la chute de l’Empire Romain, le latin résista à l’invasion des Barbares, parce que l’Église se l’était approprié et le propageait partout avec l’Évangile. Il n’en est pas moins vrai, cependant, que le passage des Goths, des Francs, des Lombards et des Espagnols, qui introduisirent en Provence des mots et des locutions à eux propres, amena l’altération graduelle du latin. Il revêtit des formes nouvelles, lesquelles, fixées par des règles et soumises à un système grammatical parfaitement coordonné, donnèrent naissance à une langue que l’on appela le Roman et qui fut commune à toutes les nations soumises à Charlemagne.
Elle eut ses poètes, ses orateurs, ses grammairiens et domina dans toute l’Europe occidentale pendant plusieurs siècles. D’elle sortirent ensuite les langues modernes, qui prirent des caractères différents à mesure que les événements politiques séparèrent les nations, qui devinrent indépendantes les unes des autres.
Les principales langues ainsi formées dans l’Europe latine furent: l’Italien, l’Espagnol, le Portugais, le Provençal et le Français.
D’après cet exposé, l’ordre chronologique des langues parlées dans le Sud-Est de la France peut se résumer ainsi:
- Langue Ligurienne;
- Langue Grecque;
- Langue Latine;
- Langues Barbares;
- Langue Romane;
- Langue Provençale;
- Et, enfin, langue Française[46].
LANGUE LIGURIENNE
Loin de nous la prétention de rechercher quelle était la langue parlée par Les Liguriens, que nous savons avoir été les plus anciens habitants de la Provence. Tout ce que l’on peut présumer, c’est que cette langue devait avoir quelque affinité avec le Celtique en usage chez les peuples de la Gaule. Du Celtique, que reste-t-il aujourd’hui? Les vocabulaires où l’on a rassemblé les mots prétendus celtiques, les commentaires qui les accompagnent ne sont que des recueils des divers idiomes vulgaires usités dans les provinces de la France. Il paraît à peu près impossible d’y trouver des éléments sérieux pour une reconstitution de l’ancienne langue Celtique. Si une autorité pouvait être invoquée en pareille matière, on citerait Adelung[47], qui admit comme celtiques les mots n’appartenant ni au Saxon ou Germanique ni au Latin. Cependant, il convient que le Celtique a fourni quantité de racines au Latin et même au Grec. Il pense également que l’Irlandais et le Gaëlic (dont le Bas-Breton est un dialecte) ont seuls pu conserver quelque parenté avec l’ancien Celtique.