Kees se troubla, me regarda et fixa un instant les yeux sur moi; puis il reprit une manche de la redingote de mon oncle et se mit de nouveau à brosser. Une larme coula sur sa joue.

—Fi, Kees! dis-je, cela n'est pas bien; il me semble que je vois des larmes.

Kessjen essuya ses yeux avec la manche de son gilet et dit:

—Il fait un vent froid, monsieur Hildebrand.

—Comment, Keesjen! dis-je, le vent n'est pas froid le moins du monde... Mais il y a quelque chose là-dessous, mon brave! Auriez-vous perdu un journal?

Keesjen hocha la tête et se mit à brosser avec plus d'obstination que jamais.

—Kees, dis-je, vous êtes trop vieux pour avoir du chagrin. N'y a-t-il rien à faire, mon ami?

En entendant ce mot ami, le vieillard me regarda d'une façon étrange. Hélas! ce mot était peut-être tout nouveau pour lui à l'âge de soixante-neuf ans. Un sourire nerveux, qui avait quelque chose d'effrayant, crispa son maigre visage; ses yeux gris étincelèrent d'abord, s'éteignirent de nouveau et se remplirent de larmes. Toute sa physionomie disait: Je vais me confier à vous. Ses lèvres dirent:

—Ecoutez, monsieur! Connaissez-vous le petit Klaas?

Bien que j'aie un ami très-particulier, baptisé du nom de Nicolas, et qu'il ne fut pas impossible que Keesjen l'eût jamais vu, je ne pouvais cependant nullement appliquer le nom de petit Klaas au susdit Nicolas, vu que c'est un très-grand garçon blond, et d'un autre côté je n'eusse jamais pu croire que le Nicolas en question, quelque méchant qu'il puisse être parfois, pût être la cause des larmes du vieux Keesjen. Je répondis donc que je ne connaissais pas le petit Klaas.