—Monsieur Pierre ne vous l'a-t-il donc pas montré? Toute la ville connaît le petit Klaas. On lui donne assez de cents, continua Keesjen.

—Mais quel homme est-ce donc? demandai-je.

—Ce n'est pas le moins du monde un homme, dit Keesjen. C'est un nain, monsieur! un nain, aussi vrai que je suis ici. On pourrait le montrer à la foire. Mais c'est un mauvais drôle. Croyez-moi, je le connais bien.

Je désirais de tout mon cœur que Keesjen mît un peu plus d'ordre dans ses renseignements.

—Il est de la maison, reprit-il après un instant de silence; il court les rues comme un fou. Il gagne de l'argent avec sa bosse. Quand une école sort, les gamins mettent ensemble des cents et font danser le petit Klaas. Alors il saute autour d'un bâton, tout comme un singe, et fait sa bosse au moins une fois aussi grosse. Je n'ai pas de bosse, monsieur! ajouta-t-il avec un soupir.

Je compris que Keesjen était moins jaloux de la bosse que des cents qu'elle rapportait.

—Je voudrais, poursuivit-il d'un ton triste et en donnant à la redingote un coup de brosse beaucoup plus énergique que ce n'était nécessaire pour du drap à neuf florins l'aune, je voudrais avoir une bosse. Je ne ferais rien; je gagnerais des cents; on rirait en me voyant... Mais je ne boirais pas!... dit-il sur un tout autre ton; et retournant la même phrase, il ajouta, tout en détachant la redingote du clou et en la ployant avec beaucoup de soin:

—Boire, je ne le ferais pas!

—Keesjen, dis-je, lorsque vous avez traversé le jardin et que je vous ai adressé la parole vous étiez triste, et maintenant vous semblez bien être méchant; j'aime mieux vous voir triste!

Les yeux du vieillard se remplirent de nouveau de larmes; il tendit vers moi ses mains desséchées; je les saisis au moment où il les retirait, confus de sa familiarité, et je ne les lâchai qu'après les avoir serrées d'une encourageante et sympathique étreinte.