—Oh! dit-il, oh!... monsieur ne sait pas cela ... mais je suis ... je suis bien plus triste que méchant. Mais petit Klaas m'a fait du mal. Petit Klaas est mauvais. Les gens, poursuivit-il, en se penchant vers la graisse à souliers, les gens croient qu'il est fou; mais il est mauvais...

—Ecoutez, Kess, dis-je, en approchant un tabouret à pied on fer, asseyez-vous un peu là et racontez-moi d'un bout à l'autre ce que petit Klaas vous a fait.

—Cela ne servira à rien, dit Keesjen, mais je le ferai pourtant, si vous voulez n'en rien dire à personne. Monsieur connaît-il la maison?

—Quelle maison?

—L'hospice.

—Je l'ai vu en passant.

—Bon! C'est une vilaine maison, n'est-ce pas? une vilaine maison avec des portes et des fenêtres rouges; et en dedans tout en rouge aussi et tout obscur. Pour lors, monsieur sait que nous sommes tous pauvres là, mais absolument pauvres, je ne peux pas dire autrement, mais nous sommes pauvres, je crois bien, tout juste comme on est au cimetière. Moi et d'autres nous gagnons bien quelque petite chose, mais cela ne sert à rien, nous l'apportons au père, et le père nous donne toutes les semaines un peu d'argent pour notre plaisir. Voilà qui est bien, monsieur; voilà qui est très-bien. Quand je serai vieux je ne gagnerai plus un cent, mais j'aurai encore ce peu d'argent chaque semaine. Ceci, dit-il en tirant de sa poche un mouchoir de coton, et cela (il frappa sur sa boîte à tabac), je l'ai acheté avec cet argent.

C'était touchant d'entendre un homme de soixante-neuf ans dire: Quand je serai vieux!

—Klaas, poursuivit-il, comme monsieur comprend bien, reçoit aussi de l'argent pour son plaisir. Mais que fait Klaas? Klaas ne fait qu'arracher, de temps en temps, l'herbe de la rue pour quelqu'un; Klaas fait semblant d'être fou; Klaas danse avec sa bosse, et quand il a reçu des cents des flâneurs et des enfants, Klaas s'en va hors la porte. Monsieur connaît-il le Torchon-Gras?

—Non, Keesjen.