L'amour qui renie son objet se trahit d'une façon irréfragable.
—Je voudrais bien connaître cette jeune fille de plus près, Pierre! N'y aurait-il pas moyen de la revoir encore une fois d'ici à après-demain?
—Je n'en sais rien, répondit Pierre en remplissant l'aiguière jusqu'au dessus des bords; allez lui faire une visite.
—Cela ne se fait pas, mon garçon, dis-je; mais ne savez-vous rien de mieux?
—Ma foi non! dit Pierre.
—Moi je crois avoir trouvé autre chose, dis-je en sautant à bas du lit. Dites-moi, Pierre, continuai-je en le regardant fixement, d'où vient que vous avez oublié de mettre vos lunettes? Voyez, il fait tous les jours un temps magnifique; nous irons louer une barque ... et nous irons ensuite prier Koosjen et quelques dames de votre connaissance, de préférence de votre famille, de nous faire l'honneur de partager avec nous une promenade nautique.
—Une promenade nautique? s'écria Pierre du ton du plus profond étonnement.
—Sans doute; cela vaut bien mieux pour causer et pour faire sa cour que d'aller eu voiture. Ne voudriez-vous pas faire votre cour, hein? Hé, mon garçon, pourquoi mettez-vous votre pantalon à l'envers?
—Oh! dit Pierre reprenant sa mauvaise humeur de la veille, finissez ces folies. Je ne tiens pas à être tourmenté par vous.
—Mon garçon, dis-je, vous me comprenez mal. Je ne vous tourmente pas; je vous demande seulement si vous ne voulez pas penser à l'amour?