—Penser à l'amour? reprit-il les lèves gonflées de ressentiment et en me lançant obliquement à travers ses lunettes un regard chargé de colère, occupez-vous d'amour vous-même!

—Avec plaisir, mon excellent ami! mais les jeunes filles ne veulent pas de moi. Je suis trop laid.

—Vous savez assez bien blaguer, Monsieur? dit Pierre en grinçant des dents et tout frémissant de colère.

—Oui! répondis-je en riant, mais je crois pourtant que vous vous entendez encore mieux à l'amour?

Je n'obtins pas de réponse. Pierre mit une hâte excessive à s'habiller et descendit les escaliers en courant. Lorsque je descendis, je le trouvai fumant sa pipe, abrité sous les ailes de ses parents et, comme dirait un romantique français: enveloppé de sa colère[1].

Après le déjeuner, il alla au jardin; je le suivis sur les talons.

—Laissez-moi! me cria-t-il avec une physionomie aussi peu avenante que celle d'un perce-oreille.

—Non! dis-je en lui, tendant la main, il ne faut pas être lâché, Pierre! Que! diable, le mot amour est-il de nature à faire prendre la mouche? A votre place je me fâcherais bien plutôt au mot d'Institutes.

Pierre sourit péniblement.

—Savez-vous bien? Je ne parlerai pas de toute cette affaire; mais nous irons nous promener en barque, mon garçon! en barque avec les dames. Savez-vous ramer?