—Je le crois, dit Pierre d'un ton pédant.

—Voulez-vous ramer?

—Oui.

—Voulez-vous inviter les clames?

—Elles refuseront.

—Je ne vous demande pas cela. Voulez-vous? Voyons, Pierre, je vous promets que je serai discret.

—Eh bien, dit-il, je veux bien.

Le plan arrêté fut communiqué au père et à la mère Stastok et il fut résolu que, outre Koosjen nous inviterions la cousine Christine, jeune fille de vingt-trois ans qui ne demanderait pas mieux que de nous accompagner, vu qu'elle n'avait rien à faire qu'à rester assise auprès d'une tante acariâtre qui tenait deux servantes et ne sortait jamais.

Nous allâmes du même pas â la recherche d'une barque. Après être allé à la porte du levant chez un constructeur de barques qui avait vendu la sienne parce qu'il n'y avait pas de profit, et qui nous avait envoyé à la porte du couchant où il était certain que nous pourrions en obtenir une; après nous être assurés à la porte du couchant que l'extrémité d'une poupe surgissait seule au-dessus de l'eau, nous trouvâmes enfin au centre de la ville, une excellente embarcation, que nous pouvions louer, au prix d'un florin, pour une après-dinée entière. Nous la louâmes pour toute l'après-dinée du jour suivant, et nous nous acquittâmes ensuite de nos invitations qui furent très-bien accueillies. Maman Van Naslaan se dit fort honorée pour sa fille, bien que, je le crois, elle pensât qu'il y avait antre chose là-dessous et que cette sortie aurait une queue comme les autres, et la vieille tante exprima dix fois en une demi-heure l'espoir qu'il ne ferait pas trop froid sur l'eau, ce que nous espérions d'ailleurs aussi, bien que nous craignissions le contraire.

Nous convînmes mutuellement que Koosjen serait plus particulièrement confiée aux soins de Pierre et que je me poserais en cavalier en titre de Christine. Je ne pouvais être plus généreux. Pierre avait aussi repris sa bonne humeur, et l'excellente tante nous emballa, le même jour encore, dans un petit panier du vin du Rhin et des oranges, rafraîchissement assez frais au mois d'octobre. Nous avions prié les dames de se munir de manteaux.