Cependant comme la ... je n'ose, à cause de sa maigreur, dire la sœur selon la chair, mais enfin comme la propre sœur d'Adolphe connaissait un bon nombre des plaisanteries du personnage, et aussi parce qu'elle était moins sous le charme, à cause de sa proche parenté avec lui, il advint qu'elle entortilla Pierre dans un entretien très-animé et très-poétique sur les charmants environs d'Utrecht, sur le charmant Zaist, sur la charmante maison des sœurs. Elle déclara avoir beaucoup de sympathie pour tous les établissements de ce genre, et dit même ne pas avoir de répugnance pour l'idée d'entrer dans un couvent ou tout au moins de se faire sœur de charité, sorte de menace habituelle aux filles de l'âge et du tempérament de la maigre Amélie. Elle accabla le bon Pierre, qui, pendant ce temps-là, se morfondait de jalousie, d'une avalanche de sentiments nobles, tendres, saints, touchants, et elle sut, à cette occasion, lever les yeux d'une façon particulière, absolument comme si elle eût eu une excellente connaissance dans la lune qui, comme une tache blanche, se trouvait déjà dans le ciel; puis soupirer à plusieurs reprises, comme une personne qui a des chagrins secrets, et de temps en temps, après avoir émis quelque sententieux dicton, elle regardait par-dessus les épaules de Pierre, vers moi, qui, dans le désavantage d'être assis sur le banc de l'arrière, trouvais cependant la compensation aussi souvent que je le voulais, de ne pas entendre la conversation.

—Mais n'est-il pas temps que je vous relève, mes chers galériens? dit Dolphe, avec cordialité, après que nous eûmes ramé pendant une demi-heure. Je ne fais que fumer des cigares au gouvernail, moi!

—Ecoutez, lui criai-je, voici le plan arrêté. Pierre m'a parlé d'une ferme où nous pouvons aborder et prendre quelque chose. Nous devons y être bientôt.

—Oui, oui, chez Teeuwis, dit Dolphe en m'interrompant, avec la précipitation d'un homme qui connaît par cœur tous les établissements de ce genre.

—Nous n'avons plus à ramer que jusque-là. Nous nous reposerons un peu, puis nous ramerons lentement pour revenir à l'étang que nous venons de dépasser. Une fois sur cet étang, nous nous y laisserons aller à la dérive pendant quelque temps!

—Oh! oui, s'écria Amélie, c'est charmant; je ne connais rien de plus agréable que d'aller en dérive.

—Oui! dis-je; alors, nous cumulerons toutes les voluptés; nous verrons ce qui reste dans notre panier et ce qu'il y a dans votre boîte à guitare.

—C'est superbe! s'écrièrent les autres dames. Oui, Amélie, il faudra chanter et jouer.

—Oui, mais, dit Dolphe, je chanterai aussi, bien entendu. Je sais de magnifiques chansons; Amélie, il ne faut pas trop regarder la lune, savez-vous.

L'insensibilité du cœur de son frère arracha un soupir à Amélie.