—Fallait-il donc que je fusse à l'église! Ah! si j'avais pu vous revoir vivante, un seul instant, ma chère madame Noiret! Si j'avais pu entendre encore une seule parole de vous!...
—Aucun de nous tous n'a eu ce bonheur-là, ma chère enfant, lui dit sa mère en s'essuyant les yeux avec son tablier.
—Non, dit Suzette d'une voix qui brisait le cœur, non, aucun de nous!
Sara referma le rideau.
—Pauvre Suzette! s'écria-t-elle en se jetant au cou de son amie, que vas-tu devenir! et elle se mit à sangloter si haut que sa mère l'attira vers elle et lui dit de se modérer un peu pour ne pas accroître encore la douleur de Suzette.
—Je voudrais pouvoir pleurer comme cela, madame de Groot! dit d'une voix calme la malheureuse jeune fille, et elle reprit sa première attitude, la tête appuyée sur la main.
La voisine sourde entra. C'était une femme grande, maigre, dont le buste penché en avant faisait un angle prononcé avec la partie inférieure du corps. Elle avait aussi une coiffe noire, portait une très-longue jaquette de calicot, un grand tablier blanc et une jupe de tiretaine, Elle posa sur la table un petit plat recouvert d'une assiette.
—La voisine est-elle malade? demanda-t-elle de cette voix haute, qui est particulière aux sourds.
—Oui, dit madame de Groot en élevant la voix, la voisine est très-mal.
Pourtant madame de Groot n'avait pas encore parlé haut.