—Sans doute, Wagesteert, répondit sa femme; nous sommes sûrs alors que ce sera un joyeux dîner.

Ce projet de dîner était arrêté, et bien que le susdit dîner dût avoir lieu en l'honneur de Gerrit, on n'avait guère pris garde à ses sympathies dans le choix des convives. Disons à titre d'excuse que le but des bons parents était bien plutôt de faire parade de leur savant fils, que de ménager à ce fils une agréable journée.

Ce jour là, M. Witse sortit de bonne heure pour faire différentes visites; il les fit avec la lettre de Gerrit en poche, et dans toutes les maisons où il alla, s'étendit longuement sur l'érudition inouïe de son fils. Il y a bien des manières de faire le malheur d'un fils ou d'une fille, et M. Witse y était tombé depuis longtemps.

A vrai dire, c'était le côté faible du brave homme. M. Witse était très à son aise, appartenait à la bonne bourgeoisie, et était un notaire en vogue. Il avait un esprit net et lucide, beaucoup de connaissances acquises, mais ses idées sur la supériorité d'une personne qui a fait ses études étaient très-exagérées. On ne pouvait dire qu'il eût gâté son fils, ni qu'il lui eût lâché la bride, car il avait trop de bon sens pour cela; il avait donné au jeune Gerrit une très-bonne éducation, et l'avait parfaitement tenu en laisse. Mais dès que son fils avait été inscrit comme étudiant, il avait conçu pour lui la plus profonde vénération, vénération que la mère était très-portée à partager, vu que Gerrit était son unique enfant. Son mari, tout instruit qu'il était, tout considéré qu'il fût généralement pour la distinction de son intelligence, croyait n'être rien en comparaison d'un fils, qui, à la vérité, s'était toujours occupé avec zèle de ses études, mais qui, peut-être, lui était encore inférieur sous bien des points de vue, et principalement quant au discernement et à la pénétration. Ce qu'il y a de meilleur dans cette conviction, c'est que cela lui inspirait des idées très-libérales quant à tout ce qui pouvait agrandir le cercle des études de Gerrit, et développer les aptitudes du jeune homme; la bibliothèque de Gerrit était une des meilleures qu'eût jamais possédée un étudiant en médecine, et il n'y avait pas de doute qu'après avoir acquis son grade, il ne visitât Berlin et Paris,


[1] Examen préparatoire aux véritables épreuves scientifiques.


[III]

Ennuis de jeune fille.

Clara Douze était assise dans une chambre de la maison de monsieur et madame Vernooy, sur le banc établi dans l'embrasure de la fenêtre; elle travaillait à un cordon de sonnette pour la fête prochaine de son père, et levait de temps en temps sa jolie tête pour regarder dans la rue Haute, mais le plus souvent elle détournait les yeux d'un air désappointé et reprenait son ouvrage.