[36] Cette opinion que j’ai émise dans la Revue des Deux-Mondes du 15 novembre 1839, se trouve en partie confirmée par M. Pertz dans ses Monument. German., t. VI, p. 302.
[37] Dans la préface qui précède la première partie de ce poëme, Hrotsvitha s’en remet au jugement de l’archevêque de Mayence, Wilhelmus, fils d’Othon Ier, lequel mourut l’an 968.
[38] Il est certain que le Carmen de primordiis et construct. cœnobii Gandesheimensis est postérieur au Panégyrique des Othons, puisque Hrotsvitha y fait allusion à ce dernier poëme. Voyez v. 80 et 81.
[39] Comment. de script ecclesiast., t. II, p. 506.—Hrotsvitha serait morte la même année que l’abbesse Gerberge II. Voy. Annal. Hildesh., ap. Pertz., Monum. German., t. V, p. 92.
[40] M. Pertz dans le titre de cette dédicace, qualifie ce prince d’Othon II, empereur, prématurément, je crois. Voy. Monument. German., t. VI, p. 318.
[41] Chron. episc. Hildesh. et abb. monast. S. Mich., ap. Leibn., inter Scriptor. rer. Brunsv., t. II, p. 787 et 788.
La vie de cette femme illustre avant son entrée à Gandersheim nous est absolument inconnue. Cependant, elle montre dans ses écrits trop de connaissance du monde et des passions, pour que nous puissions supposer qu’elle leur soit demeurée entièrement étrangère. Quant à sa vie monastique, elle-même nous en révèle quelques particularités fort simples, mais qui sont intéressantes dans leur simplicité. Elle entra au monastère de Gandersheim un peu après Gerberge, c’est-à-dire, avant 959, à l’âge d’environ vingt-trois ans. Elle y perfectionna son éducation religieuse et littéraire. En effet, dans cette pieuse et docte maison, comme dans presque toutes celles de l’ordre de saint Benoît, on mêlait à l’étude des Livres Saints la lecture des chefs-d’œuvres de l’antiquité. Plusieurs écrivains assurent que Hrotsvitha était versée dans les lettres grecques[42], ce dont il nous semble permis de douter. Elle parle avec une modestie naïve de ses premiers essais poétiques. Dans la préface en prose placée à la tête de ses légendes, composées vers l’an 960, elle sollicite l’indulgence pour les fautes qu’elle a pu commettre contre la prosodie, et la grammaire, alléguant pour excuse la solitude du cloître, la faiblesse de son sexe et son âge encore éloigné de la maturité. Elle devait avoir à peu près vingt-cinq ans. «Elle ne s’est proposé, dit-elle, d’autre but en écrivant ses vers, que d’empêcher le faible génie que lui a départi le ciel de croupir dans son sein et de se rouiller par sa négligence; elle a voulu le forcer à rendre, sous le marteau de la dévotion, un faible son à la louange de Dieu.» Dans une invocation en vers élégiaques qui précède le premier de ses récits en vers (l’Histoire de la nativité de la Sainte Vierge), elle demande à la mère de Dieu de lui délier la langue, et rappelle humblement, à cette occasion, l’exemple de l’ânesse de l’Ancien Testament, à laquelle Dieu daigna accorder la parole.
[42] Ces écrivains sont Henr. Bodo (Syntagma de eccles. Gandesh., ap. Leibn., Script. rer. Brunsv., t. III, p. 712); Trithème (Liber de script. ecclesiast., p. 89), Gesner (Bibliothec. univers.) et autres.—Ce qui m’empêche d’admettre leur opinion, c’est que Hrotsvitha, qui travaille sans cesse sur des agiographes, emploie exclusivement des légendes latines ou traduites du grec en latin.
Hrotsvitha mentionne avec reconnaissance ses deux principales maîtresses[43]. La première fut une religieuse de Gandersheim, nommée Rikkarde; la seconde, la jeune abbesse Gerberge II, elle-même, qui, quoique moins âgée que son élève, avait cependant sur elle la supériorité d’éducation qui convenait à une princesse du sang impérial. Hrotsvitha lui a dédié respectueusement plusieurs de ses ouvrages; mais bientôt l’écolière surpassa ses maîtresses et même ses maîtres; car, si elle gémit dans la préface de son premier recueil poétique d’être privée des conseils des hommes habiles, on verra dans l’épître qui précède ses comédies (Epistola ad quosdam sapientes), que l’attention et les suffrages des hommes les plus éminents ne lui manquèrent pas longtemps, et qu’elle reçut bientôt, de toutes parts, des encouragements et des éloges.
[43] Dans les couvents de l’ordre de saint Benoît, un frère, sous le titre de Scholasticus ou d’Écolâtre, présidait à l’instruction des moines. Il paraît que cet article de la règle s’appliquait aux couvents de femmes, aussi bien qu’aux couvents d’hommes.