[28] Onomast. litter., t. II, p. 157.
[29] Handb. der Gesch. d. Litter., nouv. édit., t. II, p. 254.
On s’est trompé d’une manière moins excusable sur le temps où elle a vécu. D’abord, il faut citer comme un mémorable exemple d’infatuation nationale, l’opinion de l’Anglais Laurent Humphrey, qui jaloux de conquérir cette muse à sa patrie, n’a rien trouvé de mieux que de la confondre avec la poëtesse anglaise Hilda Heresvida, qui vécut au VIIe siècle[30]. Il ne servirait de rien à ce critique trop patriote, de prouver, comme il s’efforce en vain d’y parvenir, que Hilda vivait au IXe siècle[31], puisque Hrotsvitha ne vécut pas plus au IXe siècle, comme le dit Trithème[32], qu’au XIIe, comme on pourrait l’induire de l’index scriptorum mediæ et infimæ Latinitatis de notre illustre du Cange.
[30] Martin Fréd. Seidel et les autres écrivains qui ont réfuté cette extravagante prétention de Laurent Humphrey, ont négligé de nous faire connaître dans quel ouvrage de l’auteur elle est émise.
[31] Voy. pour Hilda, Beda, Histor. ecclesiast., lib. III, cap. 33.
[32] Trithème (Liber de script. ecclesiast., in-4o, 1512, p. 89) fait, ainsi que H. Bodo, Hrotsvitha contemporaine de Johannes Anglicus, «quæ doctrina sua papatum meruit,» c’est-à-dire, contemporaine de la prétendue papesse Jeanne; ce qui revient à faire vivre Hrotsvitha vers l’an 854. Trithème a évité cette faute dans deux autres ouvrages: De viris illustr. German., p. 129, Francf., et Annal. Hirsaugiens., t. I, p. 113.
Il résulte, avec la dernière évidence, d’un poëme de Hrotsvitha (Historia sive panegyris Oddonum), qu’elle écrivait dans la dernière moitié du Xe siècle. Il est plus difficile de déterminer exactement la date de sa naissance et celle de sa mort. Hrotsvitha nous apprend elle-même[33] qu’elle vint au monde longtemps après la mort d’Othon l’Illustre, duc de Saxe, père de Henri l’Oiseleur, arrivée le 30 novembre 912. Ailleurs (préface de ses légendes en vers), elle se dit un peu plus âgée que la fille de Henri, duc de Bavière, Gerberge II, sacrée abbesse de Gandersheim l’an 959[34], et née, suivant toutes les apparences, vers l’an 940[35]. Il résulte de ces deux indices combinés, que Hrotsvitha a dû naître entre les années 912 et 940, et beaucoup plus près de la seconde date que de la première, par conséquent, vers 930 ou 935[36]. La date de sa mort est encore plus incertaine. Un seul point est hors de doute, c’est qu’elle poussa sa carrière fort au delà de l’an 968, puisque le fragment qui nous reste du Panégyrique des Othons comprend les événements de cette année[37], et que postérieurement à ce poëme, Hrotsvitha en composa un autre sur la fondation du monastère de Gandersheim[38]. Casimir Oudin dit qu’elle mourut l’an 1001[39]; elle aurait eu soixante-sept ans, si nous ne nous sommes pas trompés dans nos précédents calculs. Oudin fonde son opinion sur ce que Hrotsvitha a célébré les trois premiers Othons. Il est vrai que le premier livre du poëme, le seul qui subsiste, finit à la mort d’Othon Ier; mais le titre même de l’ouvrage (Panegyris Oddonum), prouve que nous n’en possédons que la première partie. La seconde dédicace adressée à Othon, roi des Romains, qui devint bientôt Othon II[40], formait probablement le préambule du second livre, consacré aux actions de ce prince. Ajoutons qu’on lit dans une chronique des évêques d’Hildesheim[41], que Hrotsvitha a célébré les trois Othons. De ce dernier fait, s’il était bien établi, il résulterait que notre auteur aurait vécu au delà de l’an 1002, ce qui n’aurait, d’ailleurs, rien que de très-vraisemblable.
[33] Carm. de primord. et construct. cœnob. Gandesh., v. 562, seqq.
[34] Voy. Annal. Hildesh., ap. Pertz., Monum. German.; t. V, p. 92.—Cf. Leuckfeld, Antiq. Gandersh., p. 220.
[35] Le mariage du duc Henri, père de Gerberge II, est de 938.