[22] Selneccer, Pædagogia, pars Io, titul. I, de Usuris, ut supra.
L’abbaye de Gandersheim, dont l’abbesse avait le titre de Fürstäbtin et siégeait à la diète, a été sécularisée au commencement de ce siècle. Cependant, sa magnifique église, ainsi que les bâtiments du monastère et leurs dépendances, sont encore debout. Il serait bien désirable que la gravure se hâtât de reproduire, pendant qu’il en est temps, tous les détails de construction et de disposition tant intérieures qu’extérieures de cette vénérable abbaye, à laquelle se rattachent tant et de si précieux souvenirs. Leuckfeld et Harenberg ont joint à leurs volumineux ouvrages sur Gandersheim quelques planches (vues, sceaux, cartes, etc.) qui, bien qu’insuffisantes, ne sont pourtant point sans intérêt.—Passons maintenant à Hrotsvitha.
Nous ne possédons guère sur la vie de cette femme illustre d’autres renseignements que ceux qu’elle nous fournit elle-même dans ses ouvrages, et notamment dans ses préfaces et ses épîtres dédicatoires, dont elle est, par bonheur, assez prodigue. Cette merveille de l’Allemagne a été pour la plupart de ses biographes une occasion d’erreurs d’autant plus graves, que ses écrits, source à peu près unique où il soit possible de puiser avec certitude, ont été plus longtemps moins étudiés et moins bien connus.
On ne s’accorde même pas sur son nom; les variantes sont nombreuses. Cependant, en plusieurs endroits du beau manuscrit de Munich, le seul qui nous reste, et qui paraît de la fin du Xe siècle ou du commencement du XIe siècle, c’est-à-dire, à peu près contemporain, elle se nomme elle-même Hrotsvith[23]. Henri Bodo, moine de Cluse, un des plus anciens historiens qui l’ait citée, l’appelle Hrosvita[24], en élidant le t médial. Il n’est donc pas douteux que tel ait été son nom ou son surnom; je dis surnom, car elle-même traduit, avec une certaine jactance poétique, cette sonore appellation de Hrotsvitha par clamor validus: «Ego clamor validus Gandesheimensis;» moi la voix forte, la voix retentissante de Gandersheim. Tel paraît être, en effet, le sens du vieux mot Hruodsuind, d’où sont venus Hrothsuit et Hrotsuitha. Cette interprétation fournie par elle-même, et que confirme Jacques Grimm[25], détruit l’explication plus gracieuse, et moins solide, de J.-Chr. Gottsched, qui avait proposé de traduire le nom de Hrotsvitha par Rose blanche[26], et renverse, du même coup, une autre hypothèse, encore moins admissible du conseiller Martin Frédéric Seidel[27], qui prétend, d’après Knesebeck (mais sans faire connaître l’ouvrage où ce paradoxe est consigné), que l’H initial de Hrotsvitha n’est pas le signe d’aspiration ajouté si fréquemment, au moyen âge, devant certains noms germaniques, tels que Hrabanus, Hrodolphus, Hcarolus, mais l’abréviation de Helena. Sur cette supposition, Seidel a soutenu que le nom de Hrotsvitha cachait celui de Helena a Rossow, rattachant ainsi notre auteur, à une ancienne famille saxonne mentionnée dans la chronique d’Enzelt, mais que Gottsched ne croit pas remonter, à beaucoup près, au Xe siècle. Ce qu’il y a de plus étrange, c’est qu’une aussi chimérique conjecture ait été reçue sans difficulté dans un grand nombre d’histoires littéraires estimées, notamment dans celles de Saxius[28] et de Wachler[29].
[23] Voy. la note c[92] de la page 8 du présent volume.
[24] Henr. Bodo, Syntagm. de eccles. Gandeshian., ap. Leib., inter Scriptor. rer. Brunsv., t. III, p. 712.
[25] Lateinische Gedichte des X und XI Jh., 1838, p. IX.
[26] Voy. Nöthiger Vorrath zur Gesch. der deutschen dramatischen Dichtkunst, t. II, p. 13.—Les Bollandistes ont accepté, en partie, cette étymologie: «Vixit Rosvitha sive Hroswitha, formato ab equis pascendis vel rubro alboque coloribus nomine... (Acta Sanct., Jun. t. V, p. 205).»—Harenberg en indique encore une autre. Voy. Hist. eccles. Gandersh. diplomatic., p. 589.
[27] Icones et elogia virorum aliquot præstantium, etc., 1670, in-fol.