[57] Acta Sanctor., februar. t. I, p. 480, seqq.
[58] Voy. l’édition des œuvres de ce poëte donnée par M. Achille Jubinal, t. II, p. 79 et 105.
[59] Voy. Act. Sanct., Januar. t. II, p. 351, seqq.
Entre le premier livre et le second, on trouve dans le manuscrit un court morceau en prose, servant à la fois d’épilogue aux récits en vers, et de prologue aux drames. Cet avertissement, commun aux légendes et aux comédies, semble indiquer que ces deux recueils avaient été disposés pour la lecture par Hrotsvitha elle-même, et rangés par elle dans l’ordre où les présente le manuscrit.
Le second livre (liber dramatica serie contextus), celui qui fait la matière du présent volume, contient six comédies, toutes composées, comme l’auteur nous l’apprend dans sa préface, à l’imitation de Térence. Ces pièces sont: Gallicanus, Dulcitius, Callimaque, Abraham, Paphnuce, Sapience ou Foi, Espérance et Charité. Il est aisé de deviner, d’après le caractère des poésies qui précèdent, quelle doit être la couleur générale du théâtre de Hrotsvitha. Honorer et recommander la chasteté, tel est le but presque unique que s’est proposé la pieuse nonne. C’est à une aussi louable intention qu’il faut attribuer ce qu’il y a ordinairement d’un peu chatouilleux dans les sujets qu’elle s’impose. Elle-même explique ingénument sa pensée dans la préface des comédies: elle a voulu, dit-elle, substituer d’édifiantes histoires de vierges pudiques aux déportements des femmes païennes; elle s’est efforcée, dans la mesure de son faible génie, de célébrer les triomphes de la chasteté, particulièrement ceux où l’on voit la faiblesse des femmes l’emporter sur les passions brutales des hommes. Or, pour montrer ces victoires féminines dans tout leur éclat, il était nécessaire que ces vertus de femmes fussent exposées aux plus grands périls. De là un choix de légendes, toutes au fond très-édifiantes et très-morales, mais qui roulent la plupart sur des aventures propres à alarmer un peu la modestie. Il est juste d’ajouter que, si les sujets traités par Hrotsvitha sont pris ordinairement dans un ordre de faits et d’idées qui semblent inquiétants pour la pudeur, la plume de la discrète religieuse demeure toujours aussi chaste et aussi réservée que ses intentions sont candides et irréprochables.
La première de ces comédies, intitulée Gallicanus, est tirée de deux légendes[60] et forme deux pièces ou, du moins, une pièce en deux parties. M. Villemain, qui le premier a cité les productions de Hrotsvitha dans une chaire française[61], a fait remarquer que l’action de Gallicanus ne dure pas moins de vingt-cinq ans. «C’est une pièce libre, dit l’illustre critique, écrite dans une prose assez correcte, et où il y a un sentiment vrai de l’histoire[62].» Il a même fait à Hrotsvitha l’honneur de traduire une scène entière de Gallicanus, avec cette exactitude pleine d’élégance, dont il possède si bien le secret. Il s’agit, dans la première partie de la pièce, d’un général, homme consulaire, qui mérite par ses exploits la main de Constance, fille de l’empereur Constantin, et qui, devenu chrétien, renonce à la possession de cette princesse, pour pouvoir se consacrer, comme elle, au célibat. C’est la contre-partie de l’histoire du comte Bernhard et de l’abbesse de Gandersheim, Gerberge Ire. La seconde partie, qui ne se lie qu’assez indirectement à la première, nous fait assister au martyre de Jean et Paul, aumôniers de Constance, qui ont converti Gallicanus au christianisme, et sont mis à mort, par ordre de l’empereur Julien.
[60] Voy. note 20, à la fin du volume.
[61] A la Faculté des lettres, en 1829.—Un peu avant les grandes préoccupations politiques de 1789, l’attention littéraire longtemps dédaigneuse des origines, commença à s’occuper de Hrotsvitha. En 1785, Paphnuce était brièvement analysé dans un article du Mercure, que reproduisit l’Esprit des Journaux. En 1788, don Maugerard adressa au Journal Encyclopédique une notice sur Hrotsvitha, que répéta encore l’Esprit des Journaux, dans le cahier d’avril 1788.
[62] Voy. Tableau de la littérature au moyen âge; t. II, p. 252.
Dulcitius, qui vient ensuite, est le seul drame de Hrotsvitha qui, par la singularité plaisante de divers incidents, ait quelque rapport avec ce que nous appelons comédie. En effet, cet ouvrage, bien que composé, comme tous ceux du même écrivain, dans une pensée d’édification et de piété, remplit néanmoins la plus indispensable des conditions imposées à l’auteur comique, celle d’exciter le rire et la gaieté. On peut même dire qu’à cet égard Dulcitius dépasse quelque peu les bornes du genre. Cette pièce est plus qu’une comédie, c’est une farce religieuse, une bouffonnerie dévote, une parade sacrée, qui se déploie, chose étonnante! sans trop de disparate, à côté du martyre des trois héroïques sœurs, Agape, Chionie et Irène. Dans cette pièce, où les prestiges et le merveilleux dominent, les persécuteurs ne sont pas simplement représentés, selon l’usage, comme des bourreaux farouches et sanguinaires, mais comme des hommes ineptes, des niais en butte aux plus ridicules illusions et livrés aux mystifications d’une main cachée qui se joue d’eux. Certes, les burlesques déconvenues qui assaillent tour à tour Dulcitius et Sisinnius, n’ont pas dû moins divertir la grave assemblée réunie au monastère de Gandersheim, que les grotesques tribulations qui pleuvent sur Monsieur de Pourceaugnac n’ont diverti, au XVIIe siècle, la cour joyeuse de Chambord et de Saint-Germain.