[6] Voy. Agii Vit. Hathum., ap. Pertz., Monum. German., t. VI, p. 167, et Hrotsvith. Carm. de primord. et construct. cœnob. Gandesheim., v. 22.

[7] Voy. Agii Dialog., v. 553, ap. Pertz., ibid., t. VI, p. 186.

[8] Le savant M. Pertz assigne (ibid., t. VI, p. 165 et 311), d’après les Annal. Xantenses, publiées par lui (ibid., t. II, p. 231), l’année 866 à la mort de Ludolfe, contrairement à plusieurs témoignages réunis par Leuckfeld dans ses Antiquitates Gandesheimenses, p. 20, lesquels fixent la mort du duc à l’année 859.

Lorsqu’en 874 (année funeste, signalée par la peste et par la famine), la première abbesse de Gandersheim, Hathumoda, fut rappelée à Dieu, à l’âge de trente-trois ans, il se passa dans l’intérieur de cette pieuse maison, un spectacle dont le souvenir doit occuper une place notable dans l’histoire littéraire. C’était alors l’usage aux obsèques des abbés et des abbesses, de réciter et souvent même d’improviser, sur leurs tombes, des dialogues funèbres, espèces de nénies dramatiques, dont il nous est parvenu plus d’un curieux exemple. A la mort de Hathumoda, Wichbert, d’abord moine au couvent de Corbie en Saxe, puis religieux dans l’abbaye de Lampspring[9], et, enfin, évêque d’Hildesheim, Wichbert qui, en cette qualité, devait bientôt (en 881) faire la dédicace des nouvelles constructions de Gandersheim, et qui paraît avoir été allié par le sang à la maison de Saxe[10], vint à Brunshusen présider aux funérailles de la jeune abbesse et échangea avec les religieuses éplorées des gémissements et des consolations pieuses. Nous possédons encore le dialogue, sorte de drame funéraire, où Wichbert remplit le principal rôle, sous le nom d’Agius, traduction grecque de son nom théotisque[11].

[9] Voyez Pertz, Monum. German., t. VI, p. 165.

[10] M. Pertz soutient même (ibidem) que Wichbert devait être fils de Ludolfe et d’Oda, et par conséquent frère de Hathumoda. Cette assertion est purement conjecturale.

[11] C’est l’opinion d’Eccard, qui a publié le premier ce poëme (Veterum monument. Quaternio, p. 27), opinion que combat Bernard Pez. Voyez Agii Dialog., in Thesaur. anecdot. noviss., t. I, pars IIIe, p. LXXXIII et 311, et Pertz., Monument. Germ., t. VI, p. 165, seqq.—Ce dialogue et le prologue en prose qui le précède contiennent plusieurs détails intéressants sur le monastère de Gandersheim et sur la famille ducale de Saxe.

Cependant Gerberge succéda à sa sœur Hathumoda; mais la vocation de cette princesse eut à soutenir de bien pénibles épreuves. Elle était mariée au comte Bernhard, quand elle prit la résolution de se retirer à Gandersheim, sous l’aile de sa sainte mère. Le rude Saxon vint l’y réclamer et menaçait d’employer la violence. Forcé de partir pour une expédition militaire, il jura qu’à son retour il saurait bien contraindre sa femme à rentrer dans le manoir commun et à partager le lit conjugal; mais il fut tué avant la fin de la campagne. Dans cette aventure, racontée avec complaisance par Hrotsvitha dans un de ses ouvrages[12], il est difficile de ne pas reconnaître ce qui lui a inspiré le choix de sa première pièce de théâtre. Il est vrai que, bien différent du comte Bernhard, Gallicanus renonce volontairement à la possession de sa fiancée; mais il n’en existe pas moins entre la délicate situation de Constance et celle de Gerberge, une frappante analogie, qui ne pouvait manquer de doubler, pour les chastes habitantes de Gandersheim, l’intérêt qu’offrait déjà par elle-même l’histoire de Constance et de Gallicanus.

[12] Carmen de primord. et construct. cœnobii Gandesh., v. 320, seqq.

Après vingt-deux ans de fonctions abbatiales, l’an 896, Gerberge alla rejoindre Hathumoda[13]. Alors Christine, la plus jeune des filles de la duchesse Oda, alors âgée de cent-un ans, lui succéda. Six années après, en 903[14], les descendantes directes des fondateurs venant à manquer, une savante religieuse du monastère, nommée Hrotsvitha[15], fut élue quatrième abbesse. On a souvent confondu cette première Hrotsvitha avec la simple nonne du même couvent, qui, soixante ans plus tard, rendit ce nom si célèbre. Suivant les uns, Hrotsvitha l’abbesse sortait de la seconde branche de la famille ducale de Saxe, et était fille du duc Othon l’Illustre, second fils de Ludolfe et père de l’empereur Henri l’Oiseleur[16]. Selon d’autres, Hrotsvitha était fille d’un roi de Grèce[17]; origine romanesque, et d’autant moins vraisemblable, que les filles allemandes étaient seules admises dans le couvent de Gandersheim. Au reste, quelle que fût sa naissance, cette première Hrotsvitha était digne par ses talents de gouverner la noble abbaye. Elle excellait en plusieurs sciences, notamment dans la logique et la rhétorique. Elle avait même composé un traité de logique fort estimé, qui ne nous est pas parvenu[18]. Il serait possible que les Vies en prose de saint Willibald et de saint Wunibald attribuées par Casimir Oudin à l’illustre nonne Hrotsvitha[19], mais qui sont d’une main certainement plus ancienne, comme Oudin l’a reconnu ailleurs[20], fussent l’ouvrage de la première Hrotsvitha. Elle mourut en 906[21], d’autres disent en 926.