Tout à coup, nous fûmes à nouveau réveillés en sursaut, sans pouvoir, au premier moment, nous rendre compte de ce qui arrivait, mais écrasés, étouffés, sous un poids très lourd : une rafale plus violente avait chaviré notre tente, nous ensevelissant sous ses ruines. Il fallut sortir, ramper à plat ventre, péniblement, dans la nuit noire où le vent froid faisait fureur, sous un ciel d’encre.
Impossible ni de remonter la tente dans l’obscurité, ni d’allumer notre petite lanterne. Il pouvait être trois heures déjà, et nous préférâmes nous coucher, maussades, à la belle étoile, en attendant le jour. Aly dut encore extraire à grand’peine quelques couvertures et quelques burnous de dessous la tente, et il fallut aussi sauver les chèvres qui gémissaient et se débattaient furieusement.
Étouffant dans mon burnous sur lequel le sable continuait de tomber en pluie, tenue éveillée par les hennissements de frayeur et les ruades de mon pauvre cheval attaché à un piquet et bousculé par les chèvres inquiètes, je ne parvins plus à me rendormir.
Le vent avait cessé presque tout à fait. Aly était occupé à allumer un grand feu de broussailles. Nous nous assîmes tous autour du bienfaisant brasier, transis et courbaturés. Seul Aly conservait sa bonne humeur habituelle, nous plaisantant sur nos airs de déterrés.
Le jour se leva, limpide et calme, sur le désert où la tourmente de la nuit avait laissé une infinité de petits sillons gris, comme les rides d’une tempête sur le sable.
L’idée me vint d’aller faire un temps de galop dans la plaine qui s’étendait au-delà de la ceinture de dunes fermant notre vallée.
Aly resta pour reconstruire la tente et mettre en ordre notre petit ménage ensablé et dispersé durant la nuit. Il me recommanda cependant de ne pas trop m’éloigner du camp.
Mais bah ! dès que je fus dans la plaine, je lâchai la bride à mon fidèle « Souf » qui partit à toute vitesse, énervé, lui aussi, par la mauvaise nuit qu’il avait passée.
Longtemps nous courûmes ainsi, à une vitesse vertigineuse, ivres d’espace, dans le calme serein du jour naissant.
Enfin, mettant à grand’peine mon cheval au pas, je me retournai et je vis que j’étais très loin déjà des dunes…