J’éprouvai une joie intense à trouver en ces nomades des confrères : entre adeptes de la même confrérie l’aide mutuelle et la solidarité sont de règle. Eux aussi portaient en effet le chapelet des Kadriya.
— Attends, nous avons une corde et un bidon ; nous ferons boire ton cheval et tu passeras la nuit avec nous ; demain matin, nous te ramènerons à ton camp. Tu t’es beaucoup éloigné vers le sud, tu as passé le camp des Rebaïa et, maintenant, en prenant par les raccourcis, il faut au moins trois heures pour y arriver.
Le plus jeune d’entre eux se mit encore à rire :
— Tu es dégourdi, toi !
— De quelles tribus êtes-vous ?
— Moi et mon frère, nous sommes des Ouled-Seïh de Taïbeth-Guéblia et celui-là, Ahmed Bou-Djema, est Chaambi des environs de Berressof. Son père avait un jardin à Eloued, dans la colonie des Chaamba qui est au village d’Elakbab. Il s’est sauvé, le pauvre…
— Pourquoi ?
— A cause des impôts. Il est parti à In-Salah avec notre cheikh, Sidi Mohammed Taïeb ; quand il est revenu, il a trouvé sa femme morte, emportée par l’épidémie de typhus, et son jardin privé de toute culture ; alors, il a gagné le désert — à cause des impôts.
Le jeune Seïhi qui parlait ainsi avait attiré mon attention par la primitivité de ses traits et l’éclat sournois de ses grands yeux fauves. Il eût pu servir de type accompli de la race nomade, fortement métissée d’Arabe asiatique, qui est la plus caractéristique du Sahara.
Ahmed Bou-Djema, maigre et souple, semblait être son aîné, autant qu’on en pût juger, car la moitié de sa face était voilée de noir, à la façon des Touareg.