Eloued est environnée de nombreux villages, qui constituent le pays appelé Oued-Souf.
J’ai vécu des mois dans ce pays. J’y suis venue deux fois en plein été, j’y ai passé l’hiver et j’ai failli y mourir. Blessée d’un coup de sabre au village de Behima, j’y restai quelque temps, soignée à l’hôpital militaire… Je puis en parler.
Tout d’abord Eloued me fut une révélation de beauté visuelle et de mystère profond, la prise de possession de mon être errant et inquiet par un aspect de la terre que je n’avais pas soupçonné. Je n’y séjournai que peu de temps, mais j’y revins l’année suivante, à la même époque, invinciblement attirée par le souvenir.
Il est, je crois, des heures prédestinées, des instants très mystérieusement privilégiés, où certaines contrées, certains sites, nous révèlent leur âme en une intuition subite, où nous en concevons soudain la vision juste, unique, ineffaçable.
Ainsi, ma première vision d’Eloued me fut une révélation complète, définitive, de ce pays âpre et splendide qu’est le Souf, de sa beauté étrange et de son immense tristesse aussi. — C’était en août 1899, par une chaude soirée calme…
FANTASIA
De tous les souvenirs étranges, de toutes les impressions évocatrices que me laissa mon séjour à Eloued — ville grise aux mille coupoles basses, pays d’aspect archaïque, sans âge — le plus profond, le plus singulier est le spectacle unique qu’il me fut donné de contempler par une claire matinée d’hiver — de cet hiver magique de là-bas, ensoleillé et limpide comme un printemps.
Depuis plusieurs jours déjà tout le pays était en fête le grand marabout vénéré, Sidi Mohammed Lachmi, allait revenir, rentrant de son voyage au pays lointain — presque chimérique — de France : occasion précieuse de revêtir des costumes brillants, de faire galoper dans le vent et la fumée quelques chevaux fougueux, et surtout de faire parler la poudre.