Avivant des transparences roses, infinies, glissantes, le jour se levait. — L’aube est l’heure d’élection, l’heure charmante entre toutes, dans le Sahara. L’air est alors léger et pur, une brise fraîche murmure doucement dans le feuillage épais et dur des palmiers, au fond des oasis. Aucune parole ne saurait rendre l’enchantement unique de ces instants, dans la grande paix des sables. Qui n’a pas ouvert les yeux sur le désert ne sait pas tout ce que peut contenir d’ineffable la beauté terrestre d’un matin.
Nous étions venus, dès la veille, au bordj d’Ourmès, à quatorze kilomètres d’Eloued, sur la route de Touggourth, pour y rencontrer le pieux personnage.
Après une nuit passée, avec un petit cercle d’intimes, à écouter la parole enflammée, imagée et puissante du marabout, je sortis dans la cour où nos chevaux attendaient, énervés déjà par le bruit inusité de la veille et par la foule qui, toute la nuit, s’était grossie de nouveaux arrivants.
Assis ou couchés sur le sable, il y avait là plusieurs centaines d’hommes, drapés dans leurs burnous de fête, majestueux et blancs… Têtes énergiques, figures bronzées, encadrées superbement par le blanc neigeux des voiles retombant du turban, femmes drapées à l’antique de sombres étoffes bleues ou rouges, ornées d’étranges bijoux d’or venus du Soudan lointain.
Autour des feux, en des attitudes graves, avec l’accoutumance de gestes de la vie nomade, les fidèles préparaient l’humble café du matin.
Tous portaient au cou le long chapelet des khouans de Sidi Abd-el-Kader de Bagdad.
Excités par une jument noire, née sous le ciel brûlant de la lointaine In-Salah, les étalons piaffaient, frémissaient et hennissaient, courbant avec grâce leurs cous puissants sous la lourde crinière libre.
Dehors, se profilaient sur le ciel pourpre les silhouettes étranges de trois hauts « méhara », placides et indifférents, colosses d’un autre âge, dédaigneux de toute cette humanité menue qui s’agitait autour d’eux.