Enfin, sur un geste impérieux de l’un des mokaddem, la cour se vida et les portes se fermèrent : l’heure était venue de partir.

Le marabout, vêtu du sévère costume de soie verte, du turban vert et des longs voiles blancs qui siéent aux descendants du Prophète, se montra sur la porte. De taille géante, grave et lent, il s’arrêta un instant, et le regard indéfinissable et profond de ses larges yeux noirs glissa vers l’horizon oriental. L’enthousiasme des fidèles le laissait calme et impénétrable, sans émotion visible sur les traits réguliers de son visage.

Au milieu d’un tumulte — cris des serviteurs et hennissements des chevaux impatients — nous fûmes vite en selle. La porte s’ouvrit à deux battants, et d’un seul élan nous étions dehors.

Devant nous, quatre musiciens nègres, venus du pays tunisien des Nefzaoua, vêtus de soie aux couleurs violentes, déchiraient une mélodie étrange et sauvage sur leurs musettes stridentes, accompagnées du battement sourd d’un tambour énorme.

Soudain, de la foule, une voix monta, immense, marine :

— Salut à toi, fils du Prophète !

Frénétiquement, la clameur se répétait et les tambourins, agités à bras tendus au-dessus des têtes, battaient une cadence folle. Les chevaux épouvantés reculèrent d’abord, cabrés, écumants, puis s’élancèrent.

Toujours impassible, monté sur un étalon blanc du Djerid, les yeux baissés, en silence, le marabout semblait occupé seulement à contenir sa monture, sans une parole, sans un mouvement brusque sur la bête furieuse.

Enfin, une sorte de cortège se forma, ondulant et blanc, que dominait seule la haute stature du marabout vêtu de vert.

Lentement, nous avancions vers l’est, comme allant à la rencontre du soleil levant encore caché par les dunes énormes qui enserrent Eloued.