— Ce soir, après le mogh’reb.

Cependant Si Chedli, l’heure venue de la prière, ne manqua pas d’entrer à la mosquée suivant son habitude. Il en sortit, mécontent de lui-même : il avait prié en hâte, l’âme troublée par d’autres préoccupations.

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* *

Le reflet rouge de l’occident éclairait encore le haut de la ville, du côté de Bab-el-Gorjani, un grand calme alangui enveloppait Tunis dans une dernière vapeur de couleur.

Plus vif qu’à l’ordinaire dans la foule lente et traînante qui s’attardait aux échoppes, Si Chedli descendit à Halfaouïne.

Il entra dans une impasse voûtée et s’arrêta devant une petite porte invraisemblablement basse. Le lourd marteau de fer résonna étrangement dans la vieille maison caduque, envahie déjà par les herbes folles.

— Achkoun ? (Qui est là ?) cria une voix chevrotante de vieille.

— Hall ! (Ouvre !)

Jamais l’Arabe, même devant sa propre maison, ne proférera son nom dans la rue.

La porte s’entr’ouvrit, et une vieille, vêtue de la « fouta » bleue des Tunisiennes pauvres, parut.