— Tu viens du Souk-el-Attarine ?

— Oui.

Elle le conduisit dans une grande cour plantée de trois orangers. Sur la galerie du premier étage, l’arcade d’une porte se voilait d’une soie éclatante comme la fleur de la grenade.

— C’est là, monte !

Par l’ombre fraîche d’un escalier pavé de faïence bleue, Si Chedli monta, la poitrine gonflée par le souffle du désir, et souleva le rideau souple, tordu sur sa main comme une belle flamme. Là, sur un épais tapis du Djerid, parmi des coussins brodés d’un or éteint, une femme s’alanguissait, vêtue d’une chemise de gaze blanche à larges manches lamées, d’un caftan de velours vert et or et de plusieurs gandoura de soie. Elle portait encore, dans sa pose couchée, la chéchïya pointue, ornée d’un foulard à franges et jugulée de deux chaînettes d’or qui venaient se rejoindre sous son menton, en dessinant son visage mat et en l’éclairant.

— Sois le bienvenu… Assieds-toi.

Elle était belle, d’une de ces beautés imprécises qui ont quelque chose de personnel et de rayonnant, une chaleur secrète, à peine trahie.

Il s’assit à côté d’elle, et une vieille Mauresque apporta le café obligé, sur un petit plateau de cuivre ciselé.

— Sont-elles aussi belles que Mannoubia, les femmes de ta Tunis ? demanda la vieille avec le rire de sa bouche édentée.

— Mannoubia ?… c’est la rose cachée dans le feuillage.