Enfin nous arrivons au sommet d’une côte pierreuse, semée de silex et de fragments d’ardoise, comme la lugubre vallée de Ben Zireg.
A l’horizon, embrumée de vapeurs roses, Kenadsa apparaît : des taches noires d’arbres disséminés, une ligne bleuâtre qui est une grande palmeraie, et, montant au-dessus des sables, un minaret cassé, qui, dans le soleil encore oblique, semble de bronze roux…
Plus loin, nous suivons un sentier bordé, pendant plus d’un kilomètre, d’une rangée de hauts dattiers, tout seuls dans le vide de la vallée.
Sous leur ombre mouvante, une séguia souterraine, avec, par ci, par là, de petits regards, coule limpide et fraîche.
Kenadsa monte devant nous, grand ksar en toub de teinte foncée et chaude, précédé, vers la gauche, de beaux jardins très verts. Le ksar dévale en un désordre gracieux de terrasses superposées, suivant la pente douce d’un monticule. A droite, la dune dorée, avec ses entablements de pierre, se dresse, presque abrupte.
Une koubba, très blanche, abrite la sépulture d’une sainte musulmane, de la famille de l’illustre Sidi M’hammed-ben-Bou-Ziane, fondateur de Kenadsa et de la confrérie des Ziania : — Lella Aïcha.
Autour de la koubba, d’innombrables tombes disséminées dans le sable, qui les envahit peu à peu : elles sont là comme une marge prévue aux habitations des vivants. — Toutes les cités sahariennes commencent par des cimetières.
Nous passons près de ces terres vagues, nous côtoyons toute cette poussière humaine accumulée là depuis des siècles, dans l’abandon et l’oubli, et nous prenons le chemin qui contourne le rempart du ksar, fait d’une muraille en terre sombre, sans créneaux et sans meurtrières.
Sur une petite place, des hommes sont à demi couchés, kharatine pour la plupart, qui se soulèvent à peine pour nous regarder.
On entre dans le ksar par une grande porte carrée aux lourds battants.